Skip to content

Sous les serres bretonnes, les tomates commencent à rougir. Les maraîchers recrutent chaque année de nombreux saisonniers pour aider à la récolte dont des étrangers.  Avec la pandémie et la fermeture des frontières, est-ce le cas dans les exploitations du Trégor ?

A quelques kilomètres de Lannion, à Penvénan, les producteurs de tomates ne semblent pas spécialement concernés par les problématiques de restrictions aux frontières. Pour Sylvain*, exploitant à Kermaria-Sulard, « ce n’est pas un souci ». Il dit ne recruter que des habitués venant de la région et n’être pas concerné par ces mesures. Mais l’agriculteur confie tout de même faire parfois appel à ces travailleurs venant en France pour travailler l’été. « Chaque année, un couple de Roumains vient travailler dans les serres », mais même là, pas de soucis. « On a toujours l’attestation professionnelle qui permet de justifier leur venue ici ».

A quelques centaines de mètres, même son de cloche chez Pierre Guyomar, responsable d’une grosse exploitation maraîchère : Les restrictions sanitaires ne l’impactent pas, ne recrutant pas de travailleurs venus de l’étranger. « J’ai quelques étrangers dans les serres, mais qui vivent en France depuis longtemps ». Une question de logistique pour l’exploitant, « Au moins je suis toujours sûr que la main d'œuvre soit disponible. »

Une stratégie tournée vers la main d'œuvre de proximité partagée par le responsable d’une ferme voisine. S’il assure « prendre des Français, dès [qu’il peut] prendre des Français », il ne répond pas directement quand on lui demande si des saisonniers étrangers travaillent dans ses champs l’été.

Des serres de tomates dans le Trégor (22) / Photo : Guillaume SALIGOT

Dissonance des autres acteurs.

 

Les maraîchers bretons n'auraient-ils donc pas besoin de travailleurs étrangers ? Ce n’est en tout cas pas l’avis de nombreux autres acteurs de l'industrie, en commençant par les coopératives agricoles. « Les maraîchers ont beaucoup d’étrangers, ça leur coûte moins cher. Grâce à cela l'été est plus rentable pour eux que s'ils recrutaient des Français » indique la responsable d'une importante plateforme de conditionnement de la région. Mais dans le nord Finistère, cette stratégie tournée vers la main d'œuvre internationale a causé des torts aux agriculteurs l'année dernière. « Il y a eu de gros soucis : les échalotes étaient arrivées en mars, au début du confinement et les agriculteurs n’avaient pas pu faire venir de travailleurs comme les frontières étaient fermées » affirme le gérant d'une coopérative locale.

Chez les professionnels de l’emploi, l’idée que les agriculteurs ne fassent pas appel à cette main d'œuvre internationale semble compliquée à imaginer. Pour le directeur d’une agence d’intérim de Lannion, elle est même impensable. « Entre avril et octobre, certaines grosses exploitations engagent jusqu’à 300 personnes à elles seules ». Pour lui, la crise sanitaire a eu un effet important sur le recrutement des agriculteurs de la région. « L’été dernier, la venue des travailleurs étrangers a été considérablement réduite ». L'absence des saisonniers avait d'ailleurs fortement perturbé les récoltes et inquiète une partie des exploitants à l'approche de l'été. En effet, le directeur de l'agence de recrutement imagine le phénomène se reproduire cette année avec la mise en place du passe sanitaire et de la fermeture des frontières. A voir donc, si les exploitants du Trégor et des alentours arriveront à recruter cet été et à mener à bien leurs récoltes estivales, avec ou sans travailleurs étrangers.

* le prénom a été modifié

Guillaume SALIGOT

Return to Top ▲Return to Top ▲