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Le Port de Paimpol est devenu cette année, référent national pour la France sur le recyclage de filets de pêche. De leurs côtés, les professionnels de la pêche se sensibilisent dans le port de Perros-Guirec. Ces initiatives sont soutenues par l’Union Européenne qui valorise la réduction de plastique dans l’environnement et porte une directive pour 2024. 

« Lorsque je pêche, je réutilise mes filets » raconte le pêcheur perrosien, Jean-Michel*. Il contribue, à sa manière, au recyclage de ses filets et permet la préservation de ses zones de pêche. Lorsque Jean-Michel* nettoie les coquillages et mollusques agrippés sur la proue de son bateau, il nous parle du coût des filets en plastique. Pierre Gikal, responsable dans la capitainerie, différencie la consommation de filets par les navires de pêche à gros rendement et les « petits rafiots». Les premiers utilisent de nouveaux filets chaque semaine voire moins suivant l'utilisation, tandis que les propriétaires de bateaux à un mat (plus petits) peuvent réutiliser leurs filets.

  • Port de Perros-Guirrec (Image de Stéphane DUPRAT)

Des actions locales encourageantes

Le port Paimpol est devenu le représentant de la France en matière de « pêche propre ». De surcroit, une initiative de recyclage est en phase de test sur les côtes armoricaines. Une action qui a été propulsé durant le second confinement (octobre et novembre 2020) . Une nouvelle étape d’expérimentation va s’effectuer « dans quelques mois » et va être « étendue à plusieurs ports du littoral trégorois », selon Cristelle Bacon de Lannion Trégor Communauté. (Celle-ci va concerner les ports de Lannion et de Guingamp-Paimpol).

Pour épauler ce projet, il y a plusieurs acteurs privés et publics. La CCI (concessionnaire des ports des Côtes d'Armor sauf celui de Perros-Guirec, qui est un port communal), Lannion-Trégor communauté (LTC), Guingamp-Paimpol Agglomération, Fil&Fab, Nanovia ou encore la coopérative maritime de Paimpol. Plus concrètement, de Trédrez-Locquémeau à Plouha, les filets sont ramassés et conduits ensuite à l’ESAT de Plourivo. D’après LTC, une partie des filets sont démontés et transformés en billes de plastique par l’entreprise Fil&bab basée à Brest. L’autre partie des filets et autres articles seront réutilisés par les pêcheurs. Les filets usagés pourront être collectés à partir d’avril et jusqu’en octobre. Des initiatives encourageantes venues en réponse aux différents rapports d'institutions ou d'organisations qui pointaient du doigt les pratiques de pêche.

27% des articles de pêche représentent des déchets sauvages retrouvés en mer

Selon un article d’Usine Nouvelle, 800 tonnes de filets de pêche et aux alentours de 400 tonnes de chaluts sont utilisées chaque année pour lequel il existe aucune filière de recyclage. Par ailleurs, l’Union Européenne constate que 27% des articles de pêche représentant des déchets sauvages retrouvés en mer. Pour valoriser des actions de préservation de l’environnement, l’U.E avait annoncé une directive concernant les pratiques de recyclages.

La même année, l’ONG Greenpeace avait annoncée 640 000 tonnes de filets, lignes, gilets de sauvetage et autres cordes sont perdues ou abandonnées dans les océans par l’industrie de la pêche.

Solutions verte limitées

« En tant que gestionnaire des ports, la chambre de commerce et d’industrie a une obligation de gestion et de prise en charge des déchets mais les filets ne sont guère recyclés», Rosine Danguy,

Pour le moment, rien n’est obligatoire. Les pêcheurs locaux volontaire peuvent recycler à leur guise leurs filets. Gurvan Rolland de la "CCI Ports 22" -Chambre du Commerce et de l'Industrie-  explique que cette initiative va permettre le recyclage des filets. Jusqu’à présent jetés dans des bennes avant d’être enfouis. « En tant que gestionnaire des ports, la chambre de commerce et d’industrie a une obligation de gestion et de prise en charge des déchets mais les filets ne sont guère recyclés» lance Rosine Danguy, adjointe à l’éco-responsabilité à la mairie de Perros-Guirec.  Pierre Gikel raconte que « la pratique de recyclage des filets dépend en général des pêcheurs et de leur utilisation des filets au quotidien ».

*le prénom de la première personne interrogée a été modifié à sa convenance.


Le prix  des filets de pêche varie suivant des critères de qualité de conception, de matériaux utilisée ou encore de la marque. Allants de 40 à 300 euros pour un seul filet.

 

Les infirmiers anesthésistes ont démarré un mouvement de grève dans toute la France. Lundi, ils étaient 4 grévistes sur 13 à Lannion, 11 sur 13 à Guingamp, et 90% d'infirmiers anesthésistes grévistes à l’hôpital de Saint Brieuc. Parmi leurs revendications, une hausse salariale et une reconnaissance de leur statut, qu'ils obtiennent à la suite de cinq ans d'études.

Thomas Barbotaud, infirmier anesthésiste à l’hôpital de Lannion, était gréviste, mais n'a pas pu aller manifester auprès de ses collègues. Il a dû assurer un service minimum à l’hôpital, et il n'est pas le seul : « Le nombre de gens dans la rue n'est pas du tout représentatif du nombre de grévistes. Il y avait beaucoup plus de personnels grévistes, mais ils étaient assignés dans les hôpitaux. » Lundi 17 mai, les infirmiers anesthésistes bretons étaient environ 150 environ devant l'ARS (Agence Régionale de Santé) de Rennes.

« On est l’objet à tout faire de l’hôpital »

La profession d'infirmier anesthésiste est méconnue. Pourtant, ils occupent un poste clé dans les hôpitaux : ils réalisent 15 millions d’anesthésies par an dans les blocs opératoires, les urgences et les blocs de réveil.

Parmi les slogans des manifestants figurait « Un métier formidable mais un statut fort minable ». Le statut représente justement le nerf de la guerre pour les quelques 11 000 infirmiers anesthésistes en France. Ils demandent principalement une meilleure reconnaissance de leur spécialité, accompagnée d'une revalorisation salariale. « Il y a un ras-le-bol depuis des années, mais on ne les voit pas ou on ne les entend pas souvent. » observe Mathieu Nicole, secrétaire général du syndicat CGT de l’hôpital de Saint Brieuc.

Une amélioration de statut refusée

Pour cinq années d'études, les infirmiers anesthésistes gagnent en moyenne seulement 100€ supplémentaires par mois par rapport aux infirmiers non spécialises, qui effectuent deux années de formation. Ils ont donc demandé l'obtention du statut d'auxiliaire médical en pratique avancée, qui leur a été refusé le 6 mai à l'Assemblée nationale. « Sauf que la pratique avancée, c'est exactement ce qu'on fait depuis 50 ans. » souligne Thomas Barbotaud. Les infirmiers anesthésistes assistent les médecins, qui supervisent généralement deux à trois salles d'opération. « Le médecin anesthésiste, c'est comme le pilote, il donne le plan de vol, et l'infirmer anesthésiste l'exécute. On a une responsabilité énorme, on reste tout le temps avec le patient dans le bloc opératoire, de l'entrée à la sortie. »

Une augmentation des compétences requises

Les taches réalisées par les infirmiers anesthésistes augmentent selon Mathieu Nicole, secrétaire général du syndicat CGT de l’hôpital de Saint Brieuc. « La responsabilité qui leur incombe devient de plus en plus lourde à porter, ils doivent gérer de plus en plus de missions. » Un problème notamment liée à la pénurie des médecins anesthésistes, et aux sous-effectifs. A l’hôpital de Lannion, ils ne sont que 13 infirmiers anesthésistes, alors qu'ils étaient encore 18 en 2010. « On cumule les heures supplémentaires. J'ai treize horaires différents possibles, je travaille de jour, de nuit, des week-ends, des jours fériés, ... » explique Thomas Barbotaud. Ces conditions de travail difficiles inquiètent quant à l'attractivité du métier, qui est en train de « fondre comme neige. »

Les syndicats du corps médical sont actuellement en négociation avec le gouvernement pour refaire une grille des salaires. Elle devrait être présentée en octobre. En attendant, une grève nationale de l'ensemble des personnels hospitaliers aura lieu le 15 juin.

En quelques mois, le secteur du bâtiment a vu le prix de ses matières premières bondir. Retards d’approvisionnement, devis approximatifs, forte concurrence outre-Atlantique… Michel Jaouanet, dirigeant d’une entreprise de charpente à Plouagat, s'alarme d'une crise inédite.

« La situation est très inquiétante » pour Michel Jaouanet, président du Conseil de Surveillance de l’entreprise Charpentes EMG, basée à Plouagat. Tous les jours, il regarde sur internet l’indice du prix du bois. Depuis quelques temps, les chiffres sont effrayants.

Globalement, le prix du bois a doublé ce mois-ci. Une flambée causée et accentuée par une pénurie inédite : « En quarante ans, je n’ai jamais vu ça. Il y avait eu de brutales hausses spéculatives en 2008, mais on trouvait encore le bois qu’on voulait. Aujourd’hui, on a non seulement une hausse, mais en plus, même si on est prêt à payer, on ne trouve pas forcément le bois. »

« C’est la première fois qu’on voit une hausse des prix et une pénurie en même temps. »

Conséquence : des délais de livraison multipliés par trois ou sept, selon le type de bois. « On a de plus en plus de mal à se faire livrer par nos fournisseurs. Le délai de livraison pour le bois massif [planches, ndlr] est passé d’une à sept semaines. Pour le lamellé-collé [bois transformé, ndlr], il est passé de quatre à douze semaines. Et tout cela, sous réserve d’en trouver. » Pour pallier au manque d’approvisionnement, l’entreprise touche à ses stocks. Mais Michel Jaouanet reste lucide, « ça ne peut pas durer éternellement ».

Des prestations plus coûteuses

Incertitudes, fluctuations incessantes… à l’heure de faire un devis, c’est le grand flou. « Quand on vend pour 100 euros aujourd’hui une commande pour septembre, on ne sait pas si ça va nous coûter 100, 110, 120. On fait des devis en étant complètement dans le brouillard. » Fixer un prix en temps incertains est devenu mission impossible : « Dès qu’on met trop, évidemment on ne vend pas, donc c’est embêtant. C’est très compliqué ».

La flambée des prix touche directement le client « Ils montent tellement que nous aussi nous augmentons le prix de nos prestations. Nos charpentes commencent à devenir chères. Je me demande jusqu’à quand la clientèle acceptera de payer de plus en plus. » se désole Michel Jaouanet. Actuellement, mieux vaut avoir déjà fait son devis que le demander.

Un phénomène mondial

A l’origine de la raréfaction du bois et de l’augmentation de son prix : une très forte demande sur le marché mondial, par les Chinois et Américains notamment. Les deux pays se prêtent à une concurrence déloyale en achetant le bois beaucoup plus cher que la France ne peut se le permettre.

« Depuis plusieurs années, les grumes [tronc d'arbre couvert de ses écorces, ndlr] françaises, le chêne en particulier, sont massivement exportées vers l’Asie et la Chine à un prix supérieur, de 25 à 30% à ce que les entreprises françaises sont en mesure de proposer. » a déclaré, il y a deux semaines, le sénateur du parti socialiste Christian Redon-Sarrazy. Même schéma Outre-Atlantique selon Michel Jaouanet, où « les Américains sont prêts à payer le bois plus cher, et achètent ainsi celui qui nous était destiné, donc nous on est en pénurie ». Aujourd’hui, l’indice du bois américain donne le tempo du marché mondial. Michel Jaouanet le surveille au « jour le jour ». En un an, le prix du bois a été multiplié par trois.

Inspirés par le rêve d'Annie Le Duffec, décédée le 7 janvier 2021, les 8 habitant.es du hameau de Tréduder ont créé un lieu de vie écologique autonome. 

Niché dans un coin de verdure dans la baie de Plestin-les-Grèves, l’éco-hameau de Tréduder restera l'œuvre d'Annie Le Duffec. La fondatrice de ce lieu créé il y a quinze ans, mais qui reste méconnu du public, est décédée le 7 janvier 2021. Le hameau abrite 8 personnes qui se sont installées avec l’espoir de vivre autrement, dans une démarche respectueuse de l’environnement.

Avec ses maisons aux architectures personnalisées selon les goûts de leurs occupant.es, sa végétation luxuriante, ses jardins cultivés, ses jeux pour enfants, le lieu dégage une atmosphère accueillante. C'est là qu'Annie Le Duffec s'est installée il y a quinze ans, d’abord seule. Après quelques mois de tracasseries administratives qui ont bien failli lui faire abandonner l’idée, elle a été rejointe par 6 intéressé.es. Ces dernièr.es se sont réparti.es les parcelles pour un prix minime, animés par le même rêve.

Infirmière, charpentier, peintre….seul critère pour les nouveaux.elles arrivant.es : suivre le cahier des charges écologique du lieu. Une fois sur place, la petite communauté construit la maison de chacun, avec l’aide d'artisan.es locaux. Chacun.e a pu construire les plans de sa maison selon son imagination, et en accord avec ses convictions écologiques.

construction des habitations
Photos issues de la construction des habitations

L'écologie au cœur du projet

Habitation de Michel

Michel, l'ancien compagnon d'Annie Le Duffec, a rejoint le village en 2010, alors âgé de 65 ans. “J’étais émerveillé”, raconte ce militant écologiste antinucléaire, engagé à l'antenne lannionnaise de l'association Nous voulons des coquelicots. Le studio chaleureux qu’il a construit à moindre coût est isolé avec de la laine de bois pour éviter le chauffage et équipé d'un petit robinet.

Tous.tes les habitant.es de l'éco-hameau de Tréduder ont par ailleurs adopté les toilettes sèches. Disposés sur les toits des maisons, de rares panneaux solaires assurent l’électricité. Le tri est soigneusement respecté. De grandes cuves de récupération d’eau de pluie parsèment les terrains afin d'alimenter les cultures, qui n’ont pas vocation à garantir l’autonomie totale du lieu. Enfin, une partie des terrains sont laissés à l’état sauvage,” pour laisser la nature reprendre ses droits”, explique Michel. 

Une expérience collective

Malgré la distance qui sépare les maisons les unes des autres, le projet se veut expérience collective, basé sur l'entraide entre habitant.es et le partage de valeurs communes. De temps en temps, des assemblées se tiennent pour échanger sur les différents problèmes rencontrés.

Les quatre enfants qui habitent le hameau profitent également d’une aire de jeux commune, d’un bus abandonné. Annie Le Duffec a également tenu à créer un local collectif et un poulailler. La construction d’un four commun se profile dans les jours à venir. Malgré son isolement, le petit village est reste en lien avec la commune de Tréduder : Annie était la présidente du comité d’animation de la ville. Elle était à l'initiative de nombreux évènements sur le lieu : projections, vide greniers, fêtes... Malgré leur tristesse liée à la disparition d'Annie, les habitant.es comptent continuer à faire vivre cette utopie engagée.

L'entrée du studio de Michel est faite d'une petite terrasse en bois. (image : Esther Laudet)

Perdu dans la campagne trégoroise, l'éco-village de Tréduder a vu sa fondatrice décéder en janvier. Créé il y a plus de 15 ans, le lieu est méconnu de la plupart des Costarmoricains, car ses habitants tiennent à vivre discrètement leur communion avec la nature.

On l’aperçoit sur le bord d’une route de campagne, brièvement. Pourtant, lorsqu’on s’engouffre dans la végétation, c’est bien un vrai hameau qui apparaît. Excepté ses habitant.es, peu de Costarmoricain.es connaissent l’existence de cet éco-village. Ils ne divulguent jamais leur adresse précise, et ont choisi de s’isoler des curieux. Cette discrétion était d'abord la volonté d'Annie Le Duffec, instigatrice du projet et propriétaire des terrains. Décédée il y a plusieurs semaines, son souvenir persiste au sein du hameau, qui continue de partager et d'appliquer sa morale et son goût du secret.  

Six maisons se sont construites ici, mêlant infirmier, professeur, ou encore charpentier sur les mêmes terrains. Ces habitant.es partagent des espaces communs faits de verdure, mais aussi, un bâtiment abritant un frigo, un congélateur, et une tondeuse pour toute la communauté. Leurs maisons sont toutes différentes, de l’humble cabane à la belle maison de bois, en passant par la yourte.

Michel, l'ancien compagnon d'Annie, vit dans le hameau de Tréduder depuis 11 ans. Dans son studio de 25 mètres carrés fait de bois et de laine de bois, il récupère l’eau de pluie et n’utilise que des toilettes sèches. Dehors, il crée des zones d’ombres pour favoriser l'apparition des chauves-souris. Notre objectif c’est que la planète aille mieux”, résume le sexagénaire. 

A l'intérieur du studio de Michel se trouve une petite kitchenette. (image : Esther Laudet)

Un réseau relativement fermé 

Cet esprit collectif qui caractérise les habitant.es les incite à se préserver de l'extérieur. Ils ne fonctionnent que par réseau de connaissances et chacun s’entraide lorsque il y a besoin. S'ils ont besoin de l’intervention d’artisans, ceux-ci sont toujours membres de ce réseau. “La mairie nous connaît, et nous respecte”, précise cependant Michel. Ce réseau se retrouve habituellement au café Théodore à Locquémeau, à quelques kilomètres. Cet état d’esprit se vérifie aussi dans les achats alimentaires des habitants du hameau : ils ne se fournissent qu'en circuits courts. 

Photos du studio après sa construction, sous la neige. (Esther Laudet)

Une méfiance envers l’extérieur 

Ce goût du secret est aussi le fruit d’une frustration éprouvée par la fondatrice Annie. Dans les premières années d'existence du hameau, beaucoup de visiteurs sont venus observer l’éco-village : “Les touristes arrivaient par centaines en car, les habitants avaient le sentiment d’être en vitrine” raconte Michel, qui se remémore la “fureur” de ces nombreux badauds. Cette effervescence a contribué à l’isolement médiatique et à l’absence de publicité sur ce lieu singulier. “Nous n’avons pas besoin de publicité”, appuie Michel.

Désormais, l’éco-village ne souhaite accueillir que des visiteurs engagé.es. “Ce qui nous intéresse c’est qu’il y ait un échange sur le long terme, pas une rencontre sans lendemain”, souligne Michel. “On marche au sentiment, depuis toujours”. D’autant plus qu’ici, les valeurs et les principes sont partagés : “Bien qu’on vive chacun de notre côté, Annie nous a initié à des valeurs de partage, de tolérance et d’entraide” termine Michel. 

La maison d'Annie à gauche et le studio de Michel au fond. (Esther Laudet)

Extrait sonore : Michel pousse la chansonnette à l’Orgue de Barbarie. C’est un morceau de Renaud intitulé : Laisse béton. 

 

Alors que les salles obscures ont rouvert le 19 mai, les cinémas du Trégor privilégient les films français de 2020, victimes des confinements successifs. Une "semaine blanche" qui ne dit pas son nom, et qui a de bonnes chances d'attirer le public.

Le cinéma Les Baladins situé à Lannion, Bretagne

“Garçon Chiffon” de Nicolas Maury, “Envole moi” de Christophe Barratier, le multiple césarisé “Adieu les cons”... Les cinémas des Baladins à Lannion et Perros-Guirec proposent un large choix de films français à l'occasion de la réouverture des salles obscures, ce 19 mai. Bien loin de la programmation habituelle qui favorise blockbusters ou films étrangers.

C’est mon choix“, explique Laurence Le Quéré, propriétaire des deux cinémas. Les Baladins vont “reprendre des films qui n'ont presque pas été vus comme 'Adieu les cons', à l'affiche qu'une semaine, ADN et Sous les étoiles de Paris, seulement deux jours", affirmait la gérante au Trégor la veille de la réouverture des cinémas.

La "semaine blanche" n’a pourtant pas été actée entre les acteurs du monde cinématographique. Carole Scotta, co-présidente des Distributeurs indépendants réunis européens (DIRE) avait suggéré cette "semaine blanche", par nécessité de préserver les films indépendants européens de la concurrence des long-métrages hollywoodiens lors de cette semaine de reprise. Finalement, chaque salle obscure gérera elle-même ses priorités.

Si cette semaine blanche n'a pas été officiellement mise en place, c'est aussi parce que le calendrier des sorties est modifié en permanence. "Les dates de sortie ne cessent de changer. Rien que cette semaine, 100 films ont changé de date", déplore Laurence Le Quéré, qui peine à s'organiser. Alors que le public du prochain James Bond, Fast and Furious et Black Widow devra attendre, les amateurs de cinéma d'art et d'essai se satisfont de la sélection actuelle. "On trouve ça normal que les films qui sortent ne soient pas les plus récents", juge Emmanuel, qui approuve le fait de privilégier les films français.

Les blockbusters dans les starting blocks

Plusieurs films multi-récompensés vont sortir dans les semaines suivantes et devraient attirer un public conséquent : The Father de Florian Zeller le 26 mai, le road movie Nomadland de Chloé Zhao le 9 juin ou encore l'onde Sound of Metal de Darius Marder le 16 juin. Avant l'arrivée de cette vague de productions oscarisées, certaines salles obscures ont donc pris le parti de l’industrie française, en lui consacrant une semaine sans trop de concurrence internationale.

La France est de loin le pays où les spectateurs ont le plus envie de cinéma en salle et le moins peur d’y retourner

Certains observateurs estiment que ces films français peuvent rencontrer leur public. "La France est de loin le pays où les spectateurs ont le plus envie de cinéma en salle et le moins peur d’y retourner", estime Xavier Albert, directeur général d'Universal.

Ce mercredi, à l'occasion de la réouverture des salles, Diane, une habituée, a pourtant choisi d'aller voir Michel Ange, le biopic du cinéase russe Andreï Kontchalovski. "J'aurais choisi n’importe quel film, du moment que je vais au cinéma. Je ne pouvais pas louper ça !", lance-t-elle. Comme elle, une majorité de Français ne privilégie pas nécessairement les productions nationales. Un sondage d'Allociné montre ainsi qu'au delà des nouveautés, c’est l’expérience des salles obscures qui a manqué aux spectateurs durant la crise sanitaire.

Sous les serres bretonnes, les tomates commencent à rougir. Les maraîchers recrutent chaque année de nombreux saisonniers pour aider à la récolte dont des étrangers.  Avec la pandémie et la fermeture des frontières, est-ce le cas dans les exploitations du Trégor ?

A quelques kilomètres de Lannion, à Penvénan, les producteurs de tomates ne semblent pas spécialement concernés par les problématiques de restrictions aux frontières. Pour Sylvain*, exploitant à Kermaria-Sulard, « ce n’est pas un souci ». Il dit ne recruter que des habitués venant de la région et n’être pas concerné par ces mesures. Mais l’agriculteur confie tout de même faire parfois appel à ces travailleurs venant en France pour travailler l’été. « Chaque année, un couple de Roumains vient travailler dans les serres », mais même là, pas de soucis. « On a toujours l’attestation professionnelle qui permet de justifier leur venue ici ».

A quelques centaines de mètres, même son de cloche chez Pierre Guyomar, responsable d’une grosse exploitation maraîchère : Les restrictions sanitaires ne l’impactent pas, ne recrutant pas de travailleurs venus de l’étranger. « J’ai quelques étrangers dans les serres, mais qui vivent en France depuis longtemps ». Une question de logistique pour l’exploitant, « Au moins je suis toujours sûr que la main d'œuvre soit disponible. »

Une stratégie tournée vers la main d'œuvre de proximité partagée par le responsable d’une ferme voisine. S’il assure « prendre des Français, dès [qu’il peut] prendre des Français », il ne répond pas directement quand on lui demande si des saisonniers étrangers travaillent dans ses champs l’été.

Des serres de tomates dans le Trégor (22) / Photo : Guillaume SALIGOT

Dissonance des autres acteurs.

 

Les maraîchers bretons n'auraient-ils donc pas besoin de travailleurs étrangers ? Ce n’est en tout cas pas l’avis de nombreux autres acteurs de l'industrie, en commençant par les coopératives agricoles. « Les maraîchers ont beaucoup d’étrangers, ça leur coûte moins cher. Grâce à cela l'été est plus rentable pour eux que s'ils recrutaient des Français » indique la responsable d'une importante plateforme de conditionnement de la région. Mais dans le nord Finistère, cette stratégie tournée vers la main d'œuvre internationale a causé des torts aux agriculteurs l'année dernière. « Il y a eu de gros soucis : les échalotes étaient arrivées en mars, au début du confinement et les agriculteurs n’avaient pas pu faire venir de travailleurs comme les frontières étaient fermées » affirme le gérant d'une coopérative locale.

Chez les professionnels de l’emploi, l’idée que les agriculteurs ne fassent pas appel à cette main d'œuvre internationale semble compliquée à imaginer. Pour le directeur d’une agence d’intérim de Lannion, elle est même impensable. « Entre avril et octobre, certaines grosses exploitations engagent jusqu’à 300 personnes à elles seules ». Pour lui, la crise sanitaire a eu un effet important sur le recrutement des agriculteurs de la région. « L’été dernier, la venue des travailleurs étrangers a été considérablement réduite ». L'absence des saisonniers avait d'ailleurs fortement perturbé les récoltes et inquiète une partie des exploitants à l'approche de l'été. En effet, le directeur de l'agence de recrutement imagine le phénomène se reproduire cette année avec la mise en place du passe sanitaire et de la fermeture des frontières. A voir donc, si les exploitants du Trégor et des alentours arriveront à recruter cet été et à mener à bien leurs récoltes estivales, avec ou sans travailleurs étrangers.

* le prénom a été modifié

Guillaume SALIGOT

Agora au Graslin à Nantes

Lannion, Saint-Brieuc, Lorient, Morlaix, Brest… Partout en Bretagne, les théâtres restent occupés malgré la réouverture des salles de spectacles, leurs intermittents n’ayant toujours pas obtenu gain de cause. Entre cohabitation et tentative d’expulsion la situation se tend dans nombre de théâtres.   

 

« Pas de réouverture sans droits sociaux » ce slogan fédère les occupants des théâtres bretons aujourd’hui plus que jamais. Alors que les théâtres rouvrent pour le bonheur d'une partie de la population, les intermittents occupent toujours une majorité des théâtres bretons. Les occupants attendent toujours des réponses à l’échelle locale comme nationale. Quand dans certaines salles les intermittents ont le soutien des directions et que la collaboration est de mise en cette période de réouverture. Dans d'autres théâtres les mennaces d'expulsion planent.

En Bretagne, sur les 12 théâtres initialement occupés depuis mars 2021, 11 le sont toujours. Les militants restent car leur droits sociaux ne sont toujours pas garantis malgré l’organisation la semaine dernière du Conseil National des professions du spectacle en présence des ministres de la Culture et du Travail. À Lannion, les occupants du Carré magique demandent , la prolongation de l’année blanche jusqu'à la fin de la crise. Mais aussi, plus largement l’abrogation de la réforme de l’assurance chômage et un plan de relance massif pour l’emploi.     

Ronan Bléjean, occupant du Carré magique « La réouverture des salles permettrait à une personne sur quatre d'avoir du travail. »  :    

Les occupants on la chance d’entretenir de très bonne relation avec l’équipe de la salle qui soutien leur lutte. « Au début de chaque spectacle on laissera de la place aux occupants pour expliquer leurs revendications. » affirme Marianne Gauthier, chargée de communication de la salle.

Expulsion et incompréhension    

La paisible ambiance de Lannion est loin d’être partagée dans tous les théâtres. À Lorient, la situation est bien plus tendue. Lundi, les occupants du Grand théâtre ont été invité à quitter les lieux, lors d'une réunion avec les élus locaux et responsables du théâtre, initialement prévue pour discuter d'un plan de relance à l'échelle locale. Motif invoqué : la jauge de 35% sera dépassée s'ils restent sur place. Pourtant, aucune représentation ne sera jouées au Grand théâtre jusqu'à mi-juin, il servira uniquement à la billetterie pour quelques riverains.

À ce jour aucune expulsion n’est en cours. « Pour l’instant, les politiques se passent la balle, mais personne n’ose nous expulser. Ils ont peur que l’ont se joigne aux ouvriers de la Fonderie »explique Kristell, une des occupantes. Le maintient des occupations inquiète les directeurs de salles qui bloquent à certains endroits la réouverture par peur d'une confrontation entre public et artistes. Ainsi le zèle des théâtres distrayant en temps de confinement inquiètes à l'heure d'une convergence des luttes grandissante.

A l’occasion de sa réouverture, la Galerie du Dourven (Locquémeau) présente l’exposition « L’océanique des flaques ». L'oeuvre contemporaine veut être rendue accessible à tous par ses auteurs.

La Galerie du Dourven rouvre ses portes ce mercredi

Pas de queue devant la galerie. Quelques passants seulement, venus se balader sur les chemins du domaine, jouent les curieux en s’arrêtant un instant avant de continuer leur marche. Ce qui suscite leur curiosité : des champignons en bois et des coquillages en terre sur les flancs des murs.

Avant même de pénétrer à l’intérieur de la galerie, l’on aperçoit toutes sortes d’objets fixés sur la façade. De quoi donner le ton de « L’océanique des flaques », exposition de Nicolas Desverronières et Sylvain Le Corre, à l’honneur pour la réouverture de la Galerie du Dourven.

Fragments de vie et éclairage

A l’intérieur, comme attendu, de l’Art contemporain. Le redouté, l’éternel incompris. Pour beaucoup, l’œuvre peut paraître abstraite. Palettes de bois superposées et accrochées à un mur, petits blocs de ciment répartis sur une planche bétonnée…

Pourtant, ces objets sont porteurs d’un sens qui, selon Claire, médiatrice de l’exposition, mérite d'être rendu accessible au plus grand nombre : « Les artistes se sont inspirés des territoires où ils sont allés pour recréer ici un environnement. Ils sont sans cesse en train d’explorer de nouvelles choses, de nouveaux matériaux… Ils aimeraient être les précurseurs de nouvelles façons de faire ».

Pour l’heure, les objets exposés restent des ébauches. Car, partager avec le public leur processus de création, telle est la démarche des deux artistes qui veulent démocratiser leur Art.

Objets d'Art Contemporains exposés à la Galerie

Réconciliation avec l'Art Contemporain

Pour que l’œuvre parle à celui ou celle qui déambule dans la Galerie, Nicolas et Sylvain mélangent leurs récits inventés à de vraies thématiques locales.

Dans une interview vidéo, Nicolas explique « Nos projets avec Sylvain se déroulent souvent sur des questionnements qui sont autour d’un territoire précis comme à l’Estran. C’est-à-dire de s'intéresser à un milieu, à son biotope, à son historique et de créer une histoire autour de ça. Nous ça passe par la création d’images et d’objets au sein d’une galerie. ».

Et pour ceux qui s’interrogent encore, contemplant les objets dubitativement, en l’absence des deux artistes, Claire reste disponible : « Je sers à ça. A donner des pistes interprétatives aux visiteurs ».

Finalement, pour les novices, Nicolas Desverronières et Sylvain Le Corre ont trouvé le remède. Les visiteurs pourront s’installer à une table et jouer à la bataille navale. Ludique, ce jeu en bois dessiné par les deux artistes devrait rendre plus attractif les objets d’Art installés autour.

Pour ceux qui resteront fâchés avec l’Art Contemporain, pas de panique. Dans le Trégor, de nombreuses autres expositions sont désormais ouvertes au public. La peinture est notamment à l’affiche à la la Roche-Jaudy, avec « CIRK », ainsi qu’à Plestin-les-Grèves avec « Encres et aquarelles ».

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Apprentissage du breton : Roudour sereine pour la rentrée 2021

Monna Roudaut formatrice à Carhaix et ses élèves en cours d'apprentissage. (image : Roudour, Carhaix)

Malgré une année pleine d'incertitudes, la société d'apprentissage du breton Roudour affiche sa sérénité pour la rentrée. Avec plus de cours en présentiel et un nouveau public, elle aborde avec quiétude les stages à venir. Une réunion aura lieu jeudi 20 mai à l'Espace Sainte-Anne de Lannion pour présenter le déroulement de la prochaine saison.

Adaptation, solidarité et sérénité. Ce sont les mots d’ordre du groupe d’élèves et d’encadrants participant à la formation de breton Roudour pendant la crise sanitaire. La SCOP (société coopérative et participative) d'apprentissage intensif présente son programme demain lors d'une réunion qui arrive après une année 2020, qui n'a pas été de tout repos. Ces stages se déroulent habituellement à partir de septembre pour une durée de 6 à 9 mois et réunissent une cinquantaine de personnes. Néanmoins, ils ont eu beaucoup de mal à recruter : “L’année 2020 nous avons perdu 20% d’inscrits” souligne Sedrig Laur, gérant de la société.

L’année 2020 nous avons perdu 20% d’inscrits

Alternant période de présentiel et de distanciel, le personnel a constaté le décrochage de certain.es élèves et a préféré reprendre au maximum les cours dans les locaux de Roudour. Mais apprendre une langue en présentiel avec un masque et la distanciation sociale n’est pas simple non plus : Le port du masque rendait l’apprentissage moins confortable, notamment pour les expressions du visage.” poursuit Sedrig Laur. Pour cette saison, les enseignant.es ont choisi de privilégier un calendrier spécifique en conservant un emploi du temps hybride déjà fixé depuis deux ans : “Les semaines sont faites de quatre jours de présentiel et un jour de distanciel” précise Sedrig Laur.

 “Les semaines sont faites de quatre jours de présentiel et un jour de distanciel

Ce fonctionnement doit permettre aux élèves d’avoir un suivi plus personnalisé et une plus grande autonomie. “Ce système permet à chacun d’avancer à son rythme” affirme le gérant. Un mode d’apprentissage qui correspond aux participants du programme, pour la plupart dans la vie active avec des enfants. Mais aussi un système qui a permis à la société d'appréhender sereinement la crise du covid, le  distanciel était déjà instauré. 

Les formations intensives proposées par Roudour. utilisent des méthodes pédagogiques ludiques pour apprendre : ici, un groupe d'étudiants a imaginé un "Jacques a dit" pour réviser les formes verbales. Monna Roudaut (à gauche), formateur à Carhaix, se prête au jeu. (image : Roudour Carhaix)

Un nouveau succès 

Si le public visé par ces stages intensifs était composé d'étudiant.es souhaitant apporter une plus-value à leur cursus, de professionnels en reconversion, ainsi que de professeurs, la crise sanitaire a fait apparaître de nouveaux-venus, de quoi rassurer les encadrant.es. En effet, nombreux sont les inscrits originaires de région parisienne, venus se confiner en Bretagne. Ils ont profité de l’occasion pour démarrer un apprentissage du breton. Sedrig Laur constate également l’arrivée de plusieurs instituteur.trices monolingues originaires d’autres régions de France, souhaitant à l’avenir être muté.es en Bretagne.

Une arrivée massive dans les groupes d’apprentissage qui, selon lui, traduit la grande attractivité du territoire mais aussi la forte demande de la région. En effet, il existe de plus en plus de postes à pourvoir nécessitant la maîtrise du breton partout au sein de la Bretagne. 

Pour plus d’informations, une réunion se tient jeudi 20 mai à 10h, 2 rue Kerampont, à l’Espace Saint-Anne de Lannion. 

 

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