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Après près de 7 mois de fermeture, les bars et restaurants avec terrasses ont rouvert ce mercredi 19 mai. Les clients étaient-ils au rendez-vous pour ces deux premières soirées de réouvertures ? Quel bilan tirer de cette première étape de déconfinement ?

Les terrasses ont rouvert ce mercredi 19 mai.

 

Ce mercredi 19 mai marque enfin la fin des fermetures des bars. Si certains établissements ont choisi de rouvrir le 9 juin ou le 30 juin pour attendre l'autorisation d'accueillir plus de clients, d'autres patrons ont préféré démarrer leur saison dès cette semaine.

Un soulagement pour tous …

"On s'est tous retrouvés dans la joie et la bonne humeur", s'exclame Valérie, propriétaire du bar Cap O' Bar de Perros-Guirec. "Les terrasses étaient pleines hier et aujourd'hui de 10h30 à 13h30 et de 17h30 à 18h30". A quelques pas de là, au Celtic. "Il y a avait beaucoup de monde avec une très bonne ambiance." Les deux lieux de fêtes ont atteint près de 50 à 60 personnes, remplissant toutes les tables en terrasses. "Le bar, c'est aussi un des premiers liens social. On s'ouvre à la liberté" souligne Valérie.

… mais un piège pour les commerçants

"Ouvrir les terrasses c'est une chose. Mais c'est un cadeau empoissonné. On est limité juste pour les terrasses. Je comprends que certains veulent ouvrir le 9 juin." juge pourtant le propriétaire du bar le Celtic. En effet, quelques commerces préfèrent ouvrir plus tard, ce qui leur serait plus bénéfique financièrement. Au Cap O'Bar, c'est la convivialité qui prime, au détriment du profit : "On ouvre mais ce n'est pas rentable pour nous financièrement. Ce n'est pas 50 clients qui vont payer le salaire de nos trois salariés."

L'ispisiri a ouvert ses portes le 1er mai à Lannion. C'est un lieu autogéré et solidaire, basé sur le volontariat des adhérents. Tout le monde participe pour proposer à la vente des produits locaux et écologiques.

Pour trouver l'Ispisiri, fiez-vous aux fleurs dessinées sur le trottoir, et aux fenêtres décorées de la rue Roger Barbé à Lannion. Une trentaine de personnes ont crée cette épicerie solidaire, autogérée et ouverte à tous. Ici, pas de salariés, ni de hiérarchie. Tout le monde participe au bon fonctionnement de l'épicerie. Les adhérents sont à la fois bénévoles et consommateurs : « On fait fonctionner la structure et on en bénéficie aussi. » explique Marielle André, adhérente. Et c'est justement ce qui a plu à Claire Gablin, membre de la première heure : « comment on amène une autre façon de penser, de gérer les choses, c'est ça qui m'intéresse. On expérimente. »

Le fonctionnement de l'épicerie repose sur une confiance mutuelle. Les adhérents peuvent prendre l'initiative de commander les produits qu'ils souhaitent, dans le respect de la charte commune. « Tout le monde peut faire ce qu'il veut, il faut juste que les adhérents soient logiques dans leurs choix. Comme c'est une communauté, il y aura toujours des gardes-fous. » explique Axel Bouteiller, adhérent de l'épicerie.

Le fonctionnement en autogestion peut surprendre, comme pour Marielle André, qui a travaillé dans une enseigne alimentaire : « J'étais habituée à un fonctionnement plus commercial. Découvrir cette liberté de fonctionnement, ça m'oblige à travailler un peu sur moi. Je n'avais pas pensé à certains aspects de l'organisation. Je me rends compte qu'il y a toujours des manières de fonctionner à inventer. »

Une répartition des taches basée sur le volontariat

Au début du projet, ils étaient une quinzaine de personnes motivées. « Le but c'est de rassembler les gens autour d'un projet, de les faire se rencontrer. » s’enthousiasme Claire Gablin. Avec le bouche-à-oreille, ils sont maintenant 60 adhérents. Planning et tableaux sont nécessaires pour se répartir les taches, entre les permanences sur les heures d’ouverture, la manutention, la réception des commandes, etc... Là encore, le système repose sur le volontariat. « Chacun fait ce qui l'attire selon ses disponibilités. » précise Marielle André. Pour l'instant, l'épicerie est ouverte 3 fois par semaine. Les adhérents envisagent de nouveaux horaires lorsqu’ils seront plus nombreux.

Quand des décisions doivent être prises à l'Ispisiri, elle le sont sur la base du consensus. Il n'y a aucun vote, et le président est tiré au sort parmi tous les adhérents. Ce statut ne lui donne pas plus de poids que les autres membres, mais l'épicerie est obligée de désigner des représentants pour être déclarée en tant qu'association.

Des commissions ont également lieu entre groupes d'adhérents pour discuter de sujets spécifiques. Pas de règles strictes, chacun est libre d'y participer et de donner son avis. « Parfois la communication est difficile. Il peut y avoir aussi des prises de tête parce que tout le monde n'est pas d'accord, mais c'est normal. » raconte Marielle André. Pour Elise Barreaud, adhérente elle aussi, c'est justement un des intérêts du projet : « Ce qui va être intéressant, c’est de voir comment on va résoudre et désamorcer les problèmes, et à quoi cela va nous mener. »

Un projet à échelle humaine

L'Ispisiri cherche de nouveaux adhérents, il faut suffisamment de monde pour que l'épicerie puisse fonctionner en autogestion. Mais elle souhaite rester une initiative à taille humaine. Les adhésions devraient donc s'arrêter à 150 membres. « On cherche à faire du lien, et au-delà de 150 personnes, je ne suis pas sûre qu'on arrive tous à se rappeler de nos prénoms ! » précise Elise Barreaud.


Comment l'idée d'une épicerie solidaire s'est construite ? L'explication de Marielle André.

Arrivé le 8 avril à Perros-Guirec, l’Atelier 100Dwich surmonte difficilement la crise sanitaire. Ayant acheté l’enseigne bien avant la pandémie et fraîchement installé, se lancer dans la restauration actuellement est compliqué.

Au 26 Rue du Général de Gaulle, à Perros-Guirec, l’enseigne Chez Antoine a laissé place à l’Atelier du 100Dwich, gérée par Jean et Sylvie Guillet, mari et femme. Auparavant installé dans un camion sur le bord d’une nationale près de Saint-Brieuc, la beauté de Perros-Guirec et la mer les ont fait chavirer.

La devanture, provisoire, de l'Atelier du 100Dwich

Jean et Sylvie sont arrivés le 8 avril, en pleine crise sanitaire. Ces Bretons avaient acheté l’enseigne il y a bien longtemps mais leur lancement est plus complexe que prévu. « Pour le coup nous sommes très juste financièrement » confie le co-gérant de l’Atelier du 100Dwich.

« Nous n’avons pas d’aides de l’État. C’est un vrai challenge. »

La difficulté de se lancer en ces temps-ci est le fait que Jean et Julie n’ont pas d’antécédents. En effet, l'État ne livre d'aides qu'aux restaurateurs installés depuis au moins 1 an. « La plupart des restaurants qui sont installées depuis près 10 ans ont des aides. Nous nous venons d’arriver. Nous n'avons pas d'aides de l'État. C'est un vrai challenge. »

C’est très difficile de surmonter la crise. En revanche, si l'occasion se présente, Sylvie Guillet songerait à faire une demande pour percevoir ces aides plus tôt. Malgré un démarrage récent et ne sachant pas vraiment où cela va les emmener, le couple compte bien rehausser leur chiffre d'affaire. "Pour l'instant, nous venons d'arriver alors nous n'arrivons pas vraiment à chiffrer nos pertes mais l'objectif est bien d'augmenter notre chiffre d'affaire avec ce déconfinement et de se faire une visibilité" affirme la co-gérante.

Des moyens pour attirer la clientèle

Afin de lutter contre les effets de cette crise sanitaire qui touche fortement les gérants, l’Atelier du 100Dwich s’est lancé sur Instagram dans le but d’avoir davantage de visibilité. Sur ce réseau social, Jean et Sylvie annoncent leur menus et communiquent avec leur clientèle.

Par ailleurs, ce vendredi 21 mai, Jean Guillet a un rendez-vous pour faire sa devanture. « Les clients vont mieux comprendre ce que nous proposons. Pour l’instant, nous avons des sandwichs. La devanture indiquera d'une meilleure manière d’autres chose comme des pâtisseries. » Le lancement de ces gérants, freiné par la Covid-19, va se faire au mieux et étape par étape.

Les terrasses ont enfin accueilli du public ce mercredi 19 mai après 6 mois de fermeture administrative. Une bonne nouvelle pour les responsables des bars mais aussi pour les brasseurs qui peuvent enfin commercialiser leurs fûts.

 

Les établissements ouverts pour la réouverture des terrasses ont fait carton plein. A Lannion, le gérant du bar Le Bistronome, a réalisé une très grosse journée. « On a accueilli 5 fois plus de personnes que pour une journée normale ». Les autres grands gagnants de cette soirée exceptionnelle : les brasseurs de bière.

Quentin Bellec gère la brasserie 2B qui produit des bières artisanales dans le Finistère. Il en est le premier témoin. Après l’annonce de la date de reprise de l’activité il a brassé près de 7000L de bières, « de quoi vendre jusqu’à la mi-juillet » pense t’il alors. Mais le producteur a été submergé par les commandes.

« On s’est fait dévaliser. Il ne nous reste qu’un quart de la production, je dois rebrasser comme un fou pour les prochaines semaines ».

Mais Quentin Bellec se félicite aussi d’avoir enregistré de nouveaux clients pour ce début de saison. Bars, restaurant, « la demande a été énorme pour la réouverture » ajoute t-il.

Des fûts de bières prêts à être livrés aux bars, devant des cuves de brassage / Photo : Guillaume SALIGOT

A Lannion, la brasserie Kerampont a elle aussi ressenti les effets de l’ouverture des terrasses. « Les fûts pour les bars ont tous été pris d’assaut. Il ne m’en reste que 2 de bière blonde ». Cependant, pour Guillaume, rien d’exceptionnel. « Dans tous les cas, le début de saison est toujours à cette période de l’année, on s’y était bien préparé ».

Le 9 juin en ligne de mire

Les bières font enfin leurs retours sur les tables des terrasses / Photo d'illustration : Guillaume SALIGOT

Des brasseurs satisfaits de ce début de déconfinement, mais qui attendent la prochaine étape : la réouverture complète des établissements, le 9 juin. A la brasserie 2B, « Nous n’appréhendions pas vraiment la réouverture, la pression va monter dans 3 semaines, quand les bars ne vont plus être dépendant de la météo ».

Même son de cloche à la brasserie Kerampont, « on avait prévu de se mettre à vendre nos fûts à partir de juin. Ca nous a une petit peu surpris mais on s’est adapté ». Une attente du déconfinement total partagé par les gérants de bars, comme pour Jean, gérant du Gringo à Lannion. « On a hâte d’être le 9 juin, le temps va moins jouer, on pourra vraiment être au maximum ! » Si des doutes subsistent sur le déroulé de la saison estivale, une chose est sûre, l’été est lancé pour les brasseurs et leurs brasseries !

Malgré les difficultés des commerces à survivre aux confinements successifs, le centre-ville de Lannion voit se créer depuis plus d’un an de nouvelles boutiques. Philippe Auriou a ouvert 7 commerces afin de redynamiser le centre-ville, et ne compte pas s’arrêter là.

Des boutiques de mode et de chaussures fleurissent dans le centre ville de Lannion. Ouvertes l’année dernière, en pleine crise sanitaire, ces nouveaux commerces font face à des défis particuliers. Philippe Auriou a ouvert 7 boutiques en centre-ville de Lannion depuis un an : Les deux font la paire, IKKS, Sélection, Les chaussures, Sélection Bis, Sinequanone et Du pareil au même. Les restrictions sanitaires n’entament pas la détermination du chef d'entreprise, qui compte ouvrir une huitième boutique.

Une stratégie commerciale

Il compte sur un nouveau dynamisme du centre ville, insufflé grâce à l’ouverture des boutiques et une volonté commune entre les commerçants. Selon lui, il est primordial de proposer une offre diversifiée à Lannion et de recréer l’attraction autour du centre ville. Cette offre permettra d’attirer une clientèle plus large, qui trouvera son bonheur parmi les commerces lannionais. La plupart de ses boutiques sont des franchises et ont été ouvertes l’année dernière, en pleine crise sanitaire.

Cet investissement du centre-ville par le chef d'entreprise contre la fuite des commerces vers les zones commerciales. Alors que les centre-villes perdent en activité, celui de Lannion est la cible des grandes marques.

 C’est assez paradoxal sur Lannion, car lorsqu’on fait appel à une marque, 9 fois sur 10 elle est intéressée.

Philippe Auriou explique que lorsque la ville n'attirait plus, c'est car elle était vide. Aux yeux du commerçant, Lannion possède de nombreux atouts : le charme du centre-ville, et une forte demande de commerces de proximité par les habitants.

Des difficultés mais de l’optimisme

Philippe Auriou parie sur ce nouvel élan du centre ville pour se relever économiquement des confinements. Le click and collect n’a pas bien fonctionné pour ses boutiques. Pour ce chef d'entreprise, la clientèle est attachée au contact, incompatible avec ce système virtuel. Fidéliser une clientèle est un enjeu de taille pour les commerces récemment ouverts.

Ces créations de boutiques représentent un investissement important, qui se heurte aux restrictions sanitaires actuelles. Cette chute du chiffre d'affaire l'empêche aujourd'hui des soldes, témoigne t-il. Les collections (de vêtements ou de chaussures) coûtent chères, et ses magasins gardent des charges à payer.

Durant la fermeture de ses commerces, il n’a pas utilisé les réseaux sociaux. Cette rupture avec sa clientèle est difficile, et il espère la retrouver rapidement à la réouverture.

Ces périodes de confinements nous ont fait un peu tomber dans l'oubli, c’est très dur

Les petits commerces locaux sont mis de côté dans cette période selon lui, et il témoigne d’une incompréhension vis à vis de certaines décisions gouvernementales. Philippe Auriou explique pouvoir mettre en place des jauges de clients et autres dispositifs sanitaires facilement, a contrario des grands magasins.

Malgré ces difficultés, le commerçant reste optimiste et prévoit même d'ouvrir une huitième boutique dans le centre ville. Une franchise Benetton, la marque de vêtements italienne, sera la prochaine étape de sa conquête.

Alors que le plan de licenciement de Nokia illustre les difficultés de l'industrie des télécommunications à Lannion, le secteur de l'optique se développe à la technopole. Lauréate d'une subvention pour un projet de relocalisation, l'entreprise Keopsys en est un acteur.

Keopsys, basé à Lannion est en pleine période de recrutement

Le 19 mai, l'entreprise Keopsys accueillait dans ses locaux de Lannion le sous-préfet à la relance des Côtes-d'Armor et du Finistère, Yannick Scalzotto. Ce dernier remettait à la filiale de Lumibird le prix "France Relance", qui s'accompagne de subventions issues du plan de relance national de 100 milliards d'euros. La société spécialisée dans la photonique, la détection laser ou les lasers à fibres recevra 540 000 euros de l’État.

Le projet de Keopsys soutenu par l’État, prénommé "ARCOL", représente un investissement total de 3 à 4 millions d'euros. Il consiste à créer une ligne de fabrication de composants que l'entreprise devait auparavant importer. Pendant la crise, l'entreprise a reçu d'autres subventions pour la rénovation énergétique de ses bâtiments, ainsi que pour l'emploi de jeunes, d'handicapés et "d'emplois francs".

Un ancrage local

Fort de plus de 190 salariés sur son site de la technopole de Lannion, Keopsys n'arrête pas de recruter. Depuis août 2020, plus de 40 contrats ont été signés. Parmi ces nouvelles recrues, toujours présentes dans l'entreprise selon le groupe, 14 sont âgées de moins de 26 ans et ont été formées à Lannion (ENSAT, IUT, BTS au lycée Félix Le Dantec).

"Nous recevons des candidatures tous les jours et devrions continuer à recruter", indique Florence Bonneaud, des ressources humaines de Keopsys. La technopole est devenue au fil des ans une place forte de la photonique en France et même dans le monde, grâce à des entreprises comme IXblue, Ekinops, IDIL, réunies au sein du groupement Photonics Bretagne.

Pour de nombreuses entreprises, l'annonce de la suppression de 240 emplois par Nokia a fait craindre des conséquences en cascade pour la technopole. Florence Bonneaud se veut rassurante et juge que la secousse a été facilement absorbée : "Bien sûr au niveau de la région, on a eu peur pour l'emploi, mais ça n'a jamais remis en question notre engagement, ici à Lannion."

En quelques mois, le secteur du bâtiment a vu le prix de ses matières premières bondir. Retards d’approvisionnement, devis approximatifs, forte concurrence outre-Atlantique… Michel Jaouanet, dirigeant d’une entreprise de charpente à Plouagat, s'alarme d'une crise inédite.

« La situation est très inquiétante » pour Michel Jaouanet, président du Conseil de Surveillance de l’entreprise Charpentes EMG, basée à Plouagat. Tous les jours, il regarde sur internet l’indice du prix du bois. Depuis quelques temps, les chiffres sont effrayants.

Globalement, le prix du bois a doublé ce mois-ci. Une flambée causée et accentuée par une pénurie inédite : « En quarante ans, je n’ai jamais vu ça. Il y avait eu de brutales hausses spéculatives en 2008, mais on trouvait encore le bois qu’on voulait. Aujourd’hui, on a non seulement une hausse, mais en plus, même si on est prêt à payer, on ne trouve pas forcément le bois. »

« C’est la première fois qu’on voit une hausse des prix et une pénurie en même temps. »

Conséquence : des délais de livraison multipliés par trois ou sept, selon le type de bois. « On a de plus en plus de mal à se faire livrer par nos fournisseurs. Le délai de livraison pour le bois massif [planches, ndlr] est passé d’une à sept semaines. Pour le lamellé-collé [bois transformé, ndlr], il est passé de quatre à douze semaines. Et tout cela, sous réserve d’en trouver. » Pour pallier au manque d’approvisionnement, l’entreprise touche à ses stocks. Mais Michel Jaouanet reste lucide, « ça ne peut pas durer éternellement ».

Des prestations plus coûteuses

Incertitudes, fluctuations incessantes… à l’heure de faire un devis, c’est le grand flou. « Quand on vend pour 100 euros aujourd’hui une commande pour septembre, on ne sait pas si ça va nous coûter 100, 110, 120. On fait des devis en étant complètement dans le brouillard. » Fixer un prix en temps incertains est devenu mission impossible : « Dès qu’on met trop, évidemment on ne vend pas, donc c’est embêtant. C’est très compliqué ».

La flambée des prix touche directement le client « Ils montent tellement que nous aussi nous augmentons le prix de nos prestations. Nos charpentes commencent à devenir chères. Je me demande jusqu’à quand la clientèle acceptera de payer de plus en plus. » se désole Michel Jaouanet. Actuellement, mieux vaut avoir déjà fait son devis que le demander.

Un phénomène mondial

A l’origine de la raréfaction du bois et de l’augmentation de son prix : une très forte demande sur le marché mondial, par les Chinois et Américains notamment. Les deux pays se prêtent à une concurrence déloyale en achetant le bois beaucoup plus cher que la France ne peut se le permettre.

« Depuis plusieurs années, les grumes [tronc d'arbre couvert de ses écorces, ndlr] françaises, le chêne en particulier, sont massivement exportées vers l’Asie et la Chine à un prix supérieur, de 25 à 30% à ce que les entreprises françaises sont en mesure de proposer. » a déclaré, il y a deux semaines, le sénateur du parti socialiste Christian Redon-Sarrazy. Même schéma Outre-Atlantique selon Michel Jaouanet, où « les Américains sont prêts à payer le bois plus cher, et achètent ainsi celui qui nous était destiné, donc nous on est en pénurie ». Aujourd’hui, l’indice du bois américain donne le tempo du marché mondial. Michel Jaouanet le surveille au « jour le jour ». En un an, le prix du bois a été multiplié par trois.

Depuis le début de la pandémie, les entreprises peuvent contracter des prêts garantis par l’État afin de résister aux confinements successifs. En Côtes-d’Armor, les secteurs du commerce et de l’industrie manufacturière ont été particulièrement demandeurs.

Entrée de la zone industrielle de Lannion

Le commerce costarmoricain est lourdement touché depuis le début de la crise sanitaire. Dans le département, sur les 572 millions d'euros octroyés aux entreprises via les prêts garantis par l'Etat (PGE), 143 millions ont été accordés aux commerces à travers 1059 prêts. Le secteur du commerce est de loin celui qui a le plus bénéficié de ces aides financières dans les Côtes-d'Armor, suivi par l'industrie manufacturière (106,5 millions prêtés) et les activités financières et d'assurance (81,7 millions).

Le commerce figure également en tête des secteurs les plus aidés dans le Finistère, avec 176,6 millions d'euros de PGE, suivi de près par les activités financières et d'assurance (171,3 millions de PGE). En Ille-et-Vilaine, ces activités financières et assurantielles constituent le secteur le plus aidé, avec 736,5 millions de PGE, en raison du rôle de métropole joué par la ville de Rennes.

Le Morbihan fait figure d'exception : ce sont les services administratifs et de soutien qui ont le plus bénéficié des PGE (254,5 millions accordés), suivis de près par le secteur du commerce (250,3 millions).

375 commerces costarmoricains en relation avec le tribunal de commerce

En Côtes-D'Armor, ces garanties de l’État ont contribué à maintenir des commerces dans une situation tenable. Néanmoins, d’après Gilles Henrio, président du tribunal de commerce de Saint-Brieuc, 375 commerces en difficulté sont en relation avec le tribunal de commerce.

Le secteur de l'industrie manufacturière compte, pour sa part, plus de 2700 entreprises dans le département d’après l’INSEE, qui ont bénéficié de 338 PGE pour 106,5 millions d'euros. En Ille-et-Vilaine, même si le montant des ces PGE accordés aux entreprises de l'industrie manufacturière est deux fois plus important (208,2 millions), le secteur n'est que le cinquième le plus aidé.

 

Après des mois de fermeture, les commercant.es des magasins textiles du centre-ville de Lannion s’inquiètent : le click and collect n’a pas permis d'écouler les collections hivernales. Les vendeurs renvoient celles-ci ou essaient de les brader... quitte à annuler les soldes d’été prévus mi-juin.

Alors que le e-commerce a bondi de 13% pendant les 6 premiers mois de 2020 par rapport au trimestre précédent, selon le média LSA , le click and collect n’a visiblement pas porté ses fruits chez les commercant.es textiles de Lannion. On a essayé, mais personne n’est venu commander chez nous. Au mois de novembre, par exemple, nous n’avons reçu qu’une seule commande”, déplore Sébastien, le gérant du magasin Devred situé place du Centre à Lannion.

Face à cette situation, beaucoup de magasins ont donc fait le choix de fermer la boutique, le temps de travail des employé.es ne pouvant être rentabilisé. Pour beaucoup de magasins et de clients, la fracture numérique est trop grande. “Il faut prévoir un site web, mettre en place des moyens que nous n'avions pas anticipés. Et de nombreux clients ne se sont pas du tout habitués à ces nouvelles habitudes de consommation”, explique Caroline, employée de La Fée Maraboutée. "Si les gens viennent en boutique; c’est pour essayer, être conseillé ! Sinon ils commanderaient directement sur internet”, estime la vendeuse. 

Un surplus de stock des collections d’hiver 

L’échec du "click & collect" a eu des conséquences sur les stocks. Philippe, qui a ouvert 7 magasins cette année malgré la pandémie dans le centre-ville de Lannion, est ainsi confronté à des problèmes de gestion des collections d’hiver commandées en septembre. Celles-ci n’ont jamais réussi à s’écouler et restent à la charge des magasins non franchisés. “Une collection nous coûte plus de 10 000 euros ! Nous n’avons quasiment pas réalisé de ventes depuis octobre et nous ne pouvons plus nous renouveler.", témoigne le gérant de Sélection, ainsi que d'autres commercant.es. Certains ont fait le choix de revendre une partie de leur marchandise soldée à des usines, des grossistes ou des boutiques éphémères. 

Devanture du magasin Kookai le 19/05/2021

"Jusqu'à moins 60 % sur certaines collections” peut on lire sur la devanture du magasin Kookaï du centre de Lannion, dès le premier jour de la réouverture, le 19 mai. Une manière d'écouler une partie de ses vêtements d'hiver, l'autre partie étant renvoyée à l'usine. A l'inverse, la maroquinerie Léonie choisit de ne pas solder sa collection hivernale. Les soldes d'été arrivent beaucoup trop tôt, alors que nous n’avons même pas pu écouler nos stocks d'hiver. On ne peut pas se permettre de faire des prix dès la réouverture alors qu’on ne fait plus de bénéfices depuis des mois”, juge le gérant. Les soldes d’été ne concernerons donc pas tous les commerçant.es.

Laudet Esther 

Dans la commune de Saint-Michel-en-Grève, une pétition a été lancée pour aider le foodtruck 110  crêpes  à s’implanter dans la commune. Les emplacements  constituent une problématique réelle pour les restaurateurs ambulants qui n’ont plus d'autre choix que de trouver des alternatives.

Des emplacements publics et des difficultés qui ne cessent de croître. Pour la gérante du foodtruck 110 crêpes, les conflits sont récurrents. « Les restaurateurs fixes ne veulent pas de nous parce qu'on on paie moins de charges » déplore-t-elle. Alors qu’elle souhaite s’implanter à Saint-Michel-en-Grève, elle accuse le coup. « J’ai juste eu une autorisation orale par l’adjoint du maire alors qu'en plus, c'est un emplacement éloigné du centre-ville. » Certains habitants se sont rebellés et ont mis en place une pétition pour aider Sandy, la gérante du commerce ambulant. «Ils ne veulent plus que les restaurants du centre-ville aient le monopole» affirme-t-elle.

Sandy, la gérante du foodtruck 110 crêpes préparant à manger pour ses clients.

« Ils ne veulent pas que les restaurants du centre-ville aient le monopole »

Dans les Côtes-d’Armor, ces difficultés à obtenir des emplacements ne sont pas isolées. Nicolas, qui gère le foodtruck Chez Niko à Pommerit-Jaudy a été confronté à des problèmes similaires. Les terrains concédés par la mairie ne lui permettaient pas d’avoir de l’électricité. Selon lui, ce problème est en partie lié aux lenteurs administratives. « Déjà pour avoir un emplacement, il faut s’y prendre un an à l’avance » s'insurge-t-il. Mais que les plus réticents se rassurent, des solutions existent pour pallier à ces problèmes municipaux.

Les emplacements privés, une issue ?

De nombreux propriétaires de foodtrucks doivent mettre en place des alternatives s’ils souhaitent pérenniser leurs projets. La plus fréquente est celle qui consiste à se rabattre sur des emplacements privés. C’est la solution qui a été adoptée par le Snacking Bus à Lannion. Ce foodtruck aux allures londoniennes propose un service de restauration sur le parking du grand magasin « Les Jardins du Léguer ». Situé à proximité d’un rond-point, le restaurant aux quatre roues assure une visibilité qu’il n’avait pas avec les emplacements publics. « Ceux que la mairie nous proposait étaient cachés des habitants ». On a cherché à avoir des réponses de la mairie de Lannion. Mais celle-ci n'a pour l'instant pas donné suite à nos appels au sujet du « manque d'attractivité » des emplacements proposés.

En tout cas, les gérants de foodtrucks s’accordent tous sur un point : ils espèrent dans l’avenir, avoir plus de flexibilité dans l'obtention d'emplacements.

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