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Le 12 mars, le président de la République annonçait la mise en quarantaine des activités culturelles françaises. Des millions d’artistes se sont retrouvés au chômage technique. Le monde de Shakespeare connaît de réelles difficultés face à la pandémie. Difficile d'organiser l’avenir théâtral breton où le contact est plus que nécessaire, et où les réponses sanitaires manquent à l'appel.

Quand les consignes du déconfinement sont annoncées par le Premier Ministre le 28 avril à l’Assemblée Nationale, le monde théâtral breton attendait la marche à suivre. Chou blanc, il n’y a pas eu d’informations sur une quelconque réouverture des lieux culturels de la part d’Edouard Philippe. Quant au ministre de la Culture, il n’a pas été plus bavard sur le sujet, ce qui tendance à énerver le monde du spectacle vivant. Nous n’avons pas eu d’informations sur notre sort depuis le début du confinement. Franck Riester communique très peu. Nous avons l’impression d’être oubliés, l’impression que la culture est la dernière roue du carrosse”, témoigne avec passion Grégory Fernandes, comédien d’une troupe de théâtre. 

Sans directives, les professionnels du secteur ont l’impression de vivre un entracte sans fin. Il aura fallu attendre 51 jours de confinement et d’une tribune d’un collectif de personnalités de la sphère culturelle pour espérer à des réponses. Jeanne Balibar, Catherine Deneuve ou encore Jean Dujardin ont fait part de leurs craintes face aux conditions des intermittents du spectacle dans une tribune du journal le Monde. Suite à cet appel, Emmanuel Macron a réagi sur Twitter : 

Mercredi 6 mai au matin, le chef de l’État a pu échanger pendant environ trois heures avec des artistes de différents domaines en présence de Franck Riester, ministre de la Culture, et de ses collègues de l’Économie Bruno Le Maire et du Travail Muriel Pénicaud. Un “plan de sauvetage” a été annoncé. Dès le 11 mai, les musées et les galeries d’art pourront ouvrir s'il y a une possibilité de gérer les flux d'affluence. Concernant les théâtres, seules les répétitions sont motifs de réouverture. Les conditions de sécurité vont être annoncées au début du mois de juin par le ministre de la Culture.

Une profession forcée à se réinventer

Aucune consigne concrète n'a été donnée, il est donc difficile de reprogrammer les spectacles culturels bretons. Emmanuel Macron a tout de même évoqué le rôle du Gouvernement pour la création du calendrier 2021. “On doit vous offrir des conditions pour préparer la saison prochaine (ndlr: afin de respecter les normes sanitaires)” déclare-t-il en direct sur les chaines de télévision. Mais comment organiser les représentations théâtrales de septembre, sachant qu’une seconde vague reste dans la tête des Français ?

Mariane Gauthier, chargée de la communication du théâtre lannionnais "Le Carré Magique", va devoir modifier ses habitudes. “On se demande si nous n’allons pas changer notre manière de communiquer. Nous allons devoir créer une autre relation au public, notamment avec la création d’un programme trimestriel”, confie-elle.

Quant aux conditions de reprises, il n’est pas question de transgresser la loi. Les gestes barrières continuent malgré le déconfinement. L’infectiologue et membre de l’académie de médecine, François Bricaire, a émis des recommandations sur la reprise des activités culturelles : le masque va devoir être obligatoire pour les spectateurs, une distance de deux sièges devra être respectée (entre chaque personne n'appartenant pas à la même famille), l’entracte devra être annulé et pour finir le metteur en scène respectera un mètre de distance entre les comédiens. Un cahier des charges inapplicable et incompatible pour un grand nombre de professionnels.

“ La distanciation sociale dans la culture n’existe pas ! On ne peut pas jouer avec des masques. C’est incompatible et absurde. On essaie de réfléchir à d’autres méthodes mais c’est très difficile

Grégory Fernandes

En effet, les gestes barrières et spectacles vivants ne sont pas bons partenaires. Philippe Le Gal, directeur du Carré Magique, voit cette distanciation d’un mètre entre les comédiens, comme un “non-sens”. Cette mesure, indispensable pour maintenir l’ordre sanitaire, est néanmoins impensable pour le monde théâtral. “Quant aux Circassiens, faire de l’acrobatie sans se toucher ce n’est pas possible ! Il y a un problème majeur. S'ils ne se touchent plus demain, il n’y aura plus de spectacles jusqu’à ce que le contact redevienne possible” , conclut le directeur du théâtre. 

Une période compliquée pour les intermittents

Dans cette crise du coronavirus, l’intermittence du spectacle pourrait devenir encore plus précaire qu’avant. Pour bénéficier des indemnités de chômage versées par l'Assedic, qui est une caisse interprofessionnelle de solidarité, l'intermittent doit justifier 507 heures d’activités pour une durée d’un an avec une date d’anniversaire. Cette période, où les manifestations de plus de 10 personnes sont interdites, paralyse fortement ce quota.

Si les représentations sont annulées, il y a deux possibilités : soit l’établissement décide de payer ces intermittents et donc de valider les heures, soit il décide de payer “au service fait” et donc ne valide pas les heures de travail. Grégory Fernandes, membre de la compagnie DEUG DOEN GROUP, a eu cette chance. “Tous les théâtres qui devaient nous accueillir ont honoré les contrats de la compagnie malgré les annulations des représentations “, confie le comédien. Il s'est rappelé de sa dernière montée sur scène au Carré Magique pour la pièce “Absence de Guerre” le 12 mars 2020 à 20h00, sans savoir qu’au même moment le Président allait le mettre au chômage technique. 

Ces intermittents ont attendu un geste fort de la part du Gouvernement sur un “plan de soutien à la culture”. Une année blanche a été demandée pour ne pas précariser une nouvelle fois ce statut. L’enseignement artistique soutient cette démarche : “ Ils demandent une année blanche à raison ! Les interventions dans les établissements artistiques représentent une partie non négligeable du comptage des heures”, témoigne Anne Huonnic, professeure dans un établissement artistique de Tréguier. Conscient de ce problème, Emmanuel Macron promet cette année blanche . “Beaucoup ne vont pas faire leurs heures”, déplore-t-il. Les intermittents du spectacle auront jusqu'en août 2021 afin de réaliser les 507 heures nécessaires. Le président de la République veut mettre en place des nouvelles collaborations entre les écoles et ces intermittents. Pour se faire, Emmanuel Macron veut organiser du temps périscolaire, financés par l’Education Nationale, pour implanter la culture au sein des écoles. Cela permettra également pour certains comédiens de justifier ses heures d’activités. “C’est une très bonne idée. Il faut développer la culture dans le milieu scolaire et si cela peut aider les intermittents, c’est encore mieux”, reconnaît Anthony Pezron, chargé à la culture de la ville de Lannion.   

Première victime des restrictions des regroupements publics, le théâtre va être l’un des derniers lieux culturels à ouvrir ses portes. Quand ? Comment ? Des questions sans réponses claires et précises pour l'instant.

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