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ILLE-ET-VILAINE. Hausse sensible des outrages à agent pendant le confinement

Missionnées pour faire respecter le confinement, les forces de l’ordre multiplient les contrôles et ont remarqué une nette augmentation des outrages à agents. Ce rôle, ressenti comme autoritaire par la population, cause en effet un climat de tension, parfois caractérisé par des insultes, voire de la violence.

“J’espère que tu vas crever dans un accident de la route”, “Si j’avais mon fusil, je te tirerais dessus”. Depuis le début du confinement, les forces de l’ordre d’Ille-et-Vilaine ont observé une hausse considérable du nombre d’outrages à agents. Ces dernières semaines, les policiers et gendarmes brétiliens ont vu se multiplier les insultes, violences et mêmes les menaces à leur encontre.

“Depuis le début du confinement, ma brigade et moi avons enregistré trois outrages à agents. Pourtant, durant mes 30 ans de gendarmerie, je n’avais été confronté qu’à seulement trois ou quatre cas. Je n’en avais d’ailleurs pas vu depuis 15 ans”, remarque Sylvain Le Nicol, major de la gendarmerie de Saint-Aubin-du-Cormier.

Dans cette vidéo, prise mi-avril par un membre de cette brigade, un contrôle routier de routine a donné lieu à un outrage, ayant fait l’objet d’une plainte par la gendarmerie. Démunis d’attestations, un couple se rendant à une chambre funéraire a été verbalisé. « Nous leur avons proposé de ne leur donner qu’une seule amende malgré leurs deux situations illicites. L’homme est sorti de la voiture, m’a insulté, menacé et m’a asséné un coup sur l’épaule », raconte le major.

Le confinement, cause principale de ces comportements

Malheureusement, cette brigade est loin d’être un cas isolé, comme en témoignent des gendarmes de nombreuses communes du département. “C’est clair que ça peut partir beaucoup plus facilement en outrage, voire en rébellion en ce moment. Les gens sont sur les nerfs. Le confinement amène beaucoup d’outrages et de violences de la part de gens qui sont d’habitude très corrects. Dans le ton, ou même le regard, on sent une hausse de l’agressivité”, déplore Augustin P., brigadier au peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) de Vitré.

Une agressivité qui s’explique par le caractère répressif des contrôles de confinement, que certains vivent comme une entrave à leur liberté, mais également par les difficultés que rencontrent de nombreuses personnes à vivre cette quarantaine. “Les gens sont plus refermés sur eux-mêmes, plus isolés. Ils sont parfois confrontés à des problèmes divers, comme l’alcool, diverses addictions, ou des problèmes de couples renforcés par le confinement. Tout ce mal-être est transformé en violence verbale et physique”, explique le major Le Nicol. Cette augmentation des outrages à agents rentre, en outre, dans un contexte d’hausse globale des violences depuis le début de la quarantaine.

Cette hausse des outrages à agents ne surprend pas non plus Lucie Le Quec, psychologue clinicienne. "Le confinement a fait apparaître pas mal de troubles de l’humeur. Les gens sont soumis à énormément de contraintes et doivent faire face à des sentiments comme l’anxiété, la colère et la peur. Les policiers et les gendarmes, qui agissent au nom de l’Etat, représentent l’objet de leurs angoisses, ce qui explique que lors des contrôles, les gens se sentent agressés et sont souvent très tendus".

Une crise de confiance envers les forces de l'ordre

Pour Luc*, gendarme en escadron de gendarmerie mobile en Ille-et-Vilaine, cette agressivité à l’encontre des gendarmes et des policiers relève aussi d’un contexte de tension plus général. Les forces de l’ordre, actuellement mandatées pour faire respecter le confinement, sont vues par la population comme des forces répressives, plutôt que des personnes chargées de leur sécurité. “Depuis les Gilets Jaunes, une partie de la population qui était anti-forces de l’ordre, mais ne le revendiquait pas, est devenue plus virulente et cela ressort maintenant pendant les contrôles qu’on effectue”. En effet, ce mouvement, à l’origine de nombreuses confrontations entre policiers et civils, a entamé une crise de confiance de la population envers les autorités.

Pour éviter une généralisation de ces débordements, les magistrats font preuve, dans ce contexte, d’une plus grande fermeté qu’à l’accoutumée à propos des affaires concernant les atteintes à l’autorité publique. “En ce moment, les magistrats ont un regard particulier sur l’outrage, car le pays est assis sur un baril de poudre. Si on laisse passer ces comportements, il y a un gros risque de les voir augmenter”, craint Sylvain Le Nicol.

L'outrage à l'égard d'un agent dépositaire de l'autorité publique est puni d'1 an d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende s'il est commis par un auteur unique et de 2 ans d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende s'il est commis par plusieurs auteurs.

Article 433-5 du Code Pénal

Si les procédures d’outrages à agents restaient tout de même jusqu’ici assez rares, malgré le divorce entamé entre les policiers et la population, c’est parce qu’il est difficile de caractériser l’outrage devant un magistrat. "Les insultes sont devenues banales, même si elles ne devraient pas l’être. On ne lance pas de procédure pour une insulte. On peut vraiment caractériser un outrage à partir du moment où on subit des menaces ou des violences", détaille Louis, jeune gendarme. En plus de cela, subir officiellement un outrage engendre une remise en question forcément difficile à vivre pour la victime. "Quand on subit un outrage, on n'en est pas fier, car c’est quelque part synonyme d’un échec. On se demande si on a bien fait notre travail, ce qu’on aurait dû faire pour éviter cela… Cela implique généralement une interrogation sur soi-même", raconte le major Le Nicol.

Une période logiquement difficile mentalement pour les forces de l’ordre, qui doivent à la fois assumer et représenter les décisions de l’Etat, tout en subissant l’angoisse et la colère des habitants au quotidien. A moins d’une semaine du déconfinement, les policiers et les gendarmes aperçoivent enfin le bout du tunnel. Ils espèrent donc unanimement un apaisement, pour pouvoir laisser derrière eux cet épisode de tension avec une partie de la population, trop attachée à sa liberté pour faire des concessions, malgré les risques.

*nom fictif

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