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L'ispisiri a ouvert ses portes le 1er mai à Lannion. C'est un lieu autogéré et solidaire, basé sur le volontariat des adhérents. Tout le monde participe pour proposer à la vente des produits locaux et écologiques.

Pour trouver l'Ispisiri, fiez-vous aux fleurs dessinées sur le trottoir, et aux fenêtres décorées de la rue Roger Barbé à Lannion. Une trentaine de personnes ont crée cette épicerie solidaire, autogérée et ouverte à tous. Ici, pas de salariés, ni de hiérarchie. Tout le monde participe au bon fonctionnement de l'épicerie. Les adhérents sont à la fois bénévoles et consommateurs : « On fait fonctionner la structure et on en bénéficie aussi. » explique Marielle André, adhérente. Et c'est justement ce qui a plu à Claire Gablin, membre de la première heure : « comment on amène une autre façon de penser, de gérer les choses, c'est ça qui m'intéresse. On expérimente. »

Le fonctionnement de l'épicerie repose sur une confiance mutuelle. Les adhérents peuvent prendre l'initiative de commander les produits qu'ils souhaitent, dans le respect de la charte commune. « Tout le monde peut faire ce qu'il veut, il faut juste que les adhérents soient logiques dans leurs choix. Comme c'est une communauté, il y aura toujours des gardes-fous. » explique Axel Bouteiller, adhérent de l'épicerie.

Le fonctionnement en autogestion peut surprendre, comme pour Marielle André, qui a travaillé dans une enseigne alimentaire : « J'étais habituée à un fonctionnement plus commercial. Découvrir cette liberté de fonctionnement, ça m'oblige à travailler un peu sur moi. Je n'avais pas pensé à certains aspects de l'organisation. Je me rends compte qu'il y a toujours des manières de fonctionner à inventer. »

Une répartition des taches basée sur le volontariat

Au début du projet, ils étaient une quinzaine de personnes motivées. « Le but c'est de rassembler les gens autour d'un projet, de les faire se rencontrer. » s’enthousiasme Claire Gablin. Avec le bouche-à-oreille, ils sont maintenant 60 adhérents. Planning et tableaux sont nécessaires pour se répartir les taches, entre les permanences sur les heures d’ouverture, la manutention, la réception des commandes, etc... Là encore, le système repose sur le volontariat. « Chacun fait ce qui l'attire selon ses disponibilités. » précise Marielle André. Pour l'instant, l'épicerie est ouverte 3 fois par semaine. Les adhérents envisagent de nouveaux horaires lorsqu’ils seront plus nombreux.

Quand des décisions doivent être prises à l'Ispisiri, elle le sont sur la base du consensus. Il n'y a aucun vote, et le président est tiré au sort parmi tous les adhérents. Ce statut ne lui donne pas plus de poids que les autres membres, mais l'épicerie est obligée de désigner des représentants pour être déclarée en tant qu'association.

Des commissions ont également lieu entre groupes d'adhérents pour discuter de sujets spécifiques. Pas de règles strictes, chacun est libre d'y participer et de donner son avis. « Parfois la communication est difficile. Il peut y avoir aussi des prises de tête parce que tout le monde n'est pas d'accord, mais c'est normal. » raconte Marielle André. Pour Elise Barreaud, adhérente elle aussi, c'est justement un des intérêts du projet : « Ce qui va être intéressant, c’est de voir comment on va résoudre et désamorcer les problèmes, et à quoi cela va nous mener. »

Un projet à échelle humaine

L'Ispisiri cherche de nouveaux adhérents, il faut suffisamment de monde pour que l'épicerie puisse fonctionner en autogestion. Mais elle souhaite rester une initiative à taille humaine. Les adhésions devraient donc s'arrêter à 150 membres. « On cherche à faire du lien, et au-delà de 150 personnes, je ne suis pas sûre qu'on arrive tous à se rappeler de nos prénoms ! » précise Elise Barreaud.


Comment l'idée d'une épicerie solidaire s'est construite ? L'explication de Marielle André.

Alors qu’une nouvelle étape du plan de déconfinement national vient d’être franchie, le mal-être continue de perdurer au sein des populations les plus fragilisées. L’équipe du Centre Social l’Horizon (Lannion) reste inquiète quant à la santé mentale de ses habitué.es.  

Une cafetière avec une table et des chaises est installé devant Le Centre Social l’Horizon. Ses salariés prennent une pause pour partager un moment convivial avec les habitant.es du quartier. Le centre accompagne des publics précaires dans leurs démarches de demande d’aide sociale.

Depuis le début de la crise sanitaire le nombre de visiteur.euse a doublé. Hélène Roussel, à l’accueil, relève jusqu'à quinze visites d’habitant.es du quartier par jour. Il.elles viendraient majoritairement pour retrouver du lien social mais aussi parler de leurs problèmes. Elle ajoute que pour « mieux tenir le coup » certain.es seraient tombé.es dans l’alcool ou la drogue. Gêné.es, il.elles reporteraient alors leurs rendez-vous avec les professionnelles du site à la semaine suivante.

Maëva Bouadllaah, agent d’entretien, joue aussi un rôle important dans le centre. Quand ses collègues sont en entretien, elle prend du temps pour discuter avec les habitué.es. Elle observe que « les gens restent courageux  mais semblent particulièrement déprimés et fatigués ». La réouverture ne suffira pas à souffler un vent nouveau sur des situations sociales sclérosées selon elle.

Des conséquences sur le long terme

La ville du Trégor se caractérise déjà par de fortes inégalités sociales. Notamment entre les cadres et salarié.es issu.es de la technopôle et ceux.lles issu.es du secteur primaire et secondaire. On parle « de haut » et « de bas » Lannion. Marie Vernault, l’assistante sociale du centre, redoute une aggravation de la situation. S'il semble encore trop tôt pour tirer des conclusions de l’augmentation des dossiers suivis, elle confie être persuadée que « c’est sur le long terme que la souffrance des plus précaires deviendra évidente ». L’ombre d’une récession économique qui planerait sur le pays l’angoisse tout particulièrement. A cela s'ajoute le décret de modification de l’assurance chômage, qui frappera profondément les plus précaires. Le 30 juin ne sonnera visiblement pas la fin de la crise sanitaire pour tout le monde.

Alicia Arquetoux

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