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Contre le "syndrome de la chaussette orpheline", la boutique de mode éco-responsable Inspire, basée à Pont-L'Abbé, récolte depuis un an ces bouts de tissus condamnés à l’oubli. Elle les confie à l’association "Chaussettes orphelines" qui recycle ce qui devait finir à la poubelle.

Claire dans son magasin "Imagine", au côté de la "boîte à chaussettes"
Claire dans son magasin "Imagine", au côté de la "boîte à chaussettes". / Photo Ouest France

Chez "Inspire", la petite boutique de Claire Guine, qui a ouvert en mai dernier à Pont-L'Abbé, on peut acheter des vêtements "made in France", mais on peut aussi déposer ses chaussettes uniques, restées seules depuis la perte de leur moitié. Alors que nous perdons en moyenne 15 chaussettes par an, selon une étude britannique de 2016, le magasin morbihanais se propose de récupérer ces bouts de tissu inutiles afin de les confier à l'association parisienne "Chaussettes Orphelines", qui les transforme en nouveau vêtements.

L'upcycling : transformer l'inutile en beau

Cette pratique est qualifiée d'"upcycling", car elle vise à récupérer des matériaux ou des produits usagés pour les transformer en beaux objets. Depuis son ouverture il y a un an, la boutique de Claire a déjà confié un colis de 25 kilos de chaussettes "orphelines" à l'association. "Les gens m'appellent souvent parce qu'ils en ont entendu parler un peu au hasard de l'initiative", raconte la gérante.

Une fois que l'un des 32 points de collecte de l'association a récupéré 20 à 25 kg de tissu, celle-ci fait venir un transporteur pour récupérer les produits. Ils sont ensuite transformés en pulls, sacs, bonnets ou encore pelotes de laine. Donner une deuxième vie au tissu à l'aide de ce circuit de recyclage made in France permet de réduire l’impact environnemental de l’industrie textile.

“Pour produire 1kg de fibres de coton, l’irrigation requiert entre 15 000 et 20 000 litres d’eau. Ramené à la production d'une paire de chaussettes, soit 60 grammes de coton, cela donne 1 000 litres d’eau. Juste pour une paire de chaussettes !” rapporte le site de l'association. 

Injectées dans le circuit de tri, les chaussettes serviront à la conception des vêtements de travail des salariés

L'année dernière, "Chassettes orphelines" a récupéré 2 tonnes de chaussettes, désormais recyclées. "Les chaussettes sont un très bon moyen de sensibiliser au recyclage. Injectées dans le circuit de tri, elles serviront à la conception des vêtements de travail des salariés. La boucle est bouclée”, commente Gersende Tanguy-Blanchard, gérante de Norme et style, un magasin partenaire de l’initiative, dans un article du Ouest France.

 Pour minimiser les pertes de chaussettes, il existe même une formule qui permet de mesurer ce risque. Cet "index de perte de chaussette"développé par deux scientifiques anglais permet ainsi de savoir que le taux de perte est corollé au nombre des lavages.

Inspirés par le rêve d'Annie Le Duffec, décédée le 7 janvier 2021, les 8 habitant.es du hameau de Tréduder ont créé un lieu de vie écologique autonome. 

Niché dans un coin de verdure dans la baie de Plestin-les-Grèves, l’éco-hameau de Tréduder restera l'œuvre d'Annie Le Duffec. La fondatrice de ce lieu créé il y a quinze ans, mais qui reste méconnu du public, est décédée le 7 janvier 2021. Le hameau abrite 8 personnes qui se sont installées avec l’espoir de vivre autrement, dans une démarche respectueuse de l’environnement.

Avec ses maisons aux architectures personnalisées selon les goûts de leurs occupant.es, sa végétation luxuriante, ses jardins cultivés, ses jeux pour enfants, le lieu dégage une atmosphère accueillante. C'est là qu'Annie Le Duffec s'est installée il y a quinze ans, d’abord seule. Après quelques mois de tracasseries administratives qui ont bien failli lui faire abandonner l’idée, elle a été rejointe par 6 intéressé.es. Ces dernièr.es se sont réparti.es les parcelles pour un prix minime, animés par le même rêve.

Infirmière, charpentier, peintre….seul critère pour les nouveaux.elles arrivant.es : suivre le cahier des charges écologique du lieu. Une fois sur place, la petite communauté construit la maison de chacun, avec l’aide d'artisan.es locaux. Chacun.e a pu construire les plans de sa maison selon son imagination, et en accord avec ses convictions écologiques.

construction des habitations
Photos issues de la construction des habitations

L'écologie au cœur du projet

Habitation de Michel

Michel, l'ancien compagnon d'Annie Le Duffec, a rejoint le village en 2010, alors âgé de 65 ans. “J’étais émerveillé”, raconte ce militant écologiste antinucléaire, engagé à l'antenne lannionnaise de l'association Nous voulons des coquelicots. Le studio chaleureux qu’il a construit à moindre coût est isolé avec de la laine de bois pour éviter le chauffage et équipé d'un petit robinet.

Tous.tes les habitant.es de l'éco-hameau de Tréduder ont par ailleurs adopté les toilettes sèches. Disposés sur les toits des maisons, de rares panneaux solaires assurent l’électricité. Le tri est soigneusement respecté. De grandes cuves de récupération d’eau de pluie parsèment les terrains afin d'alimenter les cultures, qui n’ont pas vocation à garantir l’autonomie totale du lieu. Enfin, une partie des terrains sont laissés à l’état sauvage,” pour laisser la nature reprendre ses droits”, explique Michel. 

Une expérience collective

Malgré la distance qui sépare les maisons les unes des autres, le projet se veut expérience collective, basé sur l'entraide entre habitant.es et le partage de valeurs communes. De temps en temps, des assemblées se tiennent pour échanger sur les différents problèmes rencontrés.

Les quatre enfants qui habitent le hameau profitent également d’une aire de jeux commune, d’un bus abandonné. Annie Le Duffec a également tenu à créer un local collectif et un poulailler. La construction d’un four commun se profile dans les jours à venir. Malgré son isolement, le petit village est reste en lien avec la commune de Tréduder : Annie était la présidente du comité d’animation de la ville. Elle était à l'initiative de nombreux évènements sur le lieu : projections, vide greniers, fêtes... Malgré leur tristesse liée à la disparition d'Annie, les habitant.es comptent continuer à faire vivre cette utopie engagée.

L'entrée du studio de Michel est faite d'une petite terrasse en bois. (image : Esther Laudet)

Perdu dans la campagne trégoroise, l'éco-village de Tréduder a vu sa fondatrice décéder en janvier. Créé il y a plus de 15 ans, le lieu est méconnu de la plupart des Costarmoricains, car ses habitants tiennent à vivre discrètement leur communion avec la nature.

On l’aperçoit sur le bord d’une route de campagne, brièvement. Pourtant, lorsqu’on s’engouffre dans la végétation, c’est bien un vrai hameau qui apparaît. Excepté ses habitant.es, peu de Costarmoricain.es connaissent l’existence de cet éco-village. Ils ne divulguent jamais leur adresse précise, et ont choisi de s’isoler des curieux. Cette discrétion était d'abord la volonté d'Annie Le Duffec, instigatrice du projet et propriétaire des terrains. Décédée il y a plusieurs semaines, son souvenir persiste au sein du hameau, qui continue de partager et d'appliquer sa morale et son goût du secret.  

Six maisons se sont construites ici, mêlant infirmier, professeur, ou encore charpentier sur les mêmes terrains. Ces habitant.es partagent des espaces communs faits de verdure, mais aussi, un bâtiment abritant un frigo, un congélateur, et une tondeuse pour toute la communauté. Leurs maisons sont toutes différentes, de l’humble cabane à la belle maison de bois, en passant par la yourte.

Michel, l'ancien compagnon d'Annie, vit dans le hameau de Tréduder depuis 11 ans. Dans son studio de 25 mètres carrés fait de bois et de laine de bois, il récupère l’eau de pluie et n’utilise que des toilettes sèches. Dehors, il crée des zones d’ombres pour favoriser l'apparition des chauves-souris. Notre objectif c’est que la planète aille mieux”, résume le sexagénaire. 

A l'intérieur du studio de Michel se trouve une petite kitchenette. (image : Esther Laudet)

Un réseau relativement fermé 

Cet esprit collectif qui caractérise les habitant.es les incite à se préserver de l'extérieur. Ils ne fonctionnent que par réseau de connaissances et chacun s’entraide lorsque il y a besoin. S'ils ont besoin de l’intervention d’artisans, ceux-ci sont toujours membres de ce réseau. “La mairie nous connaît, et nous respecte”, précise cependant Michel. Ce réseau se retrouve habituellement au café Théodore à Locquémeau, à quelques kilomètres. Cet état d’esprit se vérifie aussi dans les achats alimentaires des habitants du hameau : ils ne se fournissent qu'en circuits courts. 

Photos du studio après sa construction, sous la neige. (Esther Laudet)

Une méfiance envers l’extérieur 

Ce goût du secret est aussi le fruit d’une frustration éprouvée par la fondatrice Annie. Dans les premières années d'existence du hameau, beaucoup de visiteurs sont venus observer l’éco-village : “Les touristes arrivaient par centaines en car, les habitants avaient le sentiment d’être en vitrine” raconte Michel, qui se remémore la “fureur” de ces nombreux badauds. Cette effervescence a contribué à l’isolement médiatique et à l’absence de publicité sur ce lieu singulier. “Nous n’avons pas besoin de publicité”, appuie Michel.

Désormais, l’éco-village ne souhaite accueillir que des visiteurs engagé.es. “Ce qui nous intéresse c’est qu’il y ait un échange sur le long terme, pas une rencontre sans lendemain”, souligne Michel. “On marche au sentiment, depuis toujours”. D’autant plus qu’ici, les valeurs et les principes sont partagés : “Bien qu’on vive chacun de notre côté, Annie nous a initié à des valeurs de partage, de tolérance et d’entraide” termine Michel. 

La maison d'Annie à gauche et le studio de Michel au fond. (Esther Laudet)

Extrait sonore : Michel pousse la chansonnette à l’Orgue de Barbarie. C’est un morceau de Renaud intitulé : Laisse béton. 

 

 À l’Écocentre Trégor de Pleumeur-Bodou, une équipe de cinq animateurs propose jusqu'au 24 mai une multitude d’ateliers placés sous le signe de l’autosuffisance. Ou comment se former à l’écologie dans la convivialité.

Ce jeudi 20 mai, cinq stagiaires venus des Côtes-d’Armor, âgés de 28 à 60 ans, ont appris à passer à un mode de vie zéro-déchet. Jusqu’au lundi 24 mai, ces cinq bretons vont suivre des ateliers consacrés à l'écologie à l’Écocentre Trégor de Pleumeur-Bodou. Ils ne se connaissaient pas encore à leur arrivée mais l’ambiance est déjà joviale.

On pourrait aussi réaliser des porte-clefs avec ces chaussettes

Cette atmosphère chaleureuse n’est pas le fruit du hasard. « J’avais préparé des temps de jeux et de débat ce matin pour faire connaissance et ça a super bien marché » s’exclame Laetitia, qui anime ce stage avec quatre autres personnes.  Pour cette première journée consacrée au « zéro déchet », les stagiaires se retrouvent autour de planches à tisser des éponges « tawashi », fabriquées à base de chaussettes usagées.

Les discutions sur le recyclage de chaussettes fusent autour de la table. « On pourrait aussi réaliser des porte-clefs avec ces chaussettes », propose Arthur, l'un des stagiaires. L’idée fait l'unanimité et est rajoutée au planning pour les prochains jours. Pour Laetitia, ce premier jour de stage est un réussite. « C’est avant tout un moment de partage » se ravit-elle. 

Prix du stage : 435€

Ce stage polyvalent d'apprentissage de l'autonomie sur cinq jours est une première pour l’association. Avec seulement 10 places disponibles, les animateurs espéraient que le stage affiche complet. Selon Elisa, une animatrice, le montant de ce stage - 435 euros - a dissuadé beaucoup de candidats potentiels. Cette somme sert à financer le matériel nécessaire pour les ateliers, les repas du midi, mais surtout à rémunérer les animateurs mobilisés pendants 5 jours. « Ce prix a été contesté par certaines personnes sur les réseaux sociaux, mais il me semble justifié et il donne de la valeur à nos ateliers », justifie Élisa, à l’initiative de la création de ce stage.

Mise en place d’un jardin autonome, « rando-cueillette » pour aller à la découverte des plantes comestibles ou encore conception de cosmétiques naturels... Pendant ces cinq jours les ateliers se succèdent dans un esprit de partage, sur les deux hectares du parc de loisirs où est basé l'Eco-centre.

Lannion Tregor Communauté prévoit d’ici fin mai de construire cinq chaufferies à bois pour alimenter les bâtiments publics de ses communes. Une installation similaire est déjà en place depuis deux ans au siège de l’agglomération pourtant sa dimension écologique est questionnable.

A Trévou-Tréguignec, La Roche-Jaudy, Loguivy-Plougras, Tréguier et Minihy-Tréguier, Lannion Trégor Communauté (LTC) compte installer un réseau local de chaleur fin mai dont l’élément central sera la construction de chaufferies à bois. Dans cette idée de « circuit court énergétique », elles seront (selon LTC) uniquement fournies en bois par le bocage du Trégor. Les agriculteur.ices du territoire rassemblé.es sous la bannière de la STIC Bocagenèse s’occuperont de la coupe. Depuis 2019, une chaufferie à bois alimente les locaux de l’agglomération sur ce même système. Mais est-il une solution durable pour une transition énergétique en phase avec les enjeux actuels?

Une pollution de l’air avérée

En rentrant en combustion, le bois libère des particules d’hydrocarbures aromatiques (HAP) rejetée ensuite en fumée. Très fines, certaines échappent aux filtres placés à l’embouchure des cheminées des chaufferies. Elles peuvent ainsi se fixer dans les voies respiratoires humaines et à terme provoquer des difficultés respiratoire voir des cancers du poumon. En octobre 2020, le Tribunal Administratif de Grenoble a reconnu une faute de l’Etat  concernant son inaction face à la pollution de la vallée de l’Arve (Auvergnes-Rhône-Alpes) imputable notamment à l’usage de chauffage à bois. La zone avait été précédemment placée en vigilance orange pour cause de pollution atmosphérique.  En avril 2020, un collectif de professionnel.elles de la santé alertait dans une tribune sur les dangers sanitaires de l’utilisation de centrales à bois. Seulement, sans études nationales, il est impossible d’évaluer la toxicité réelle des particules relâchées et donc d’agir en conséquence.

Et les cendres ?

Sacs de cendres présents dans la chaufferie de LTC
Sacs de cendres présents dans la chaufferie de LTC

La combustion de copeaux de bois entraîne la création de cendres. Comme les particules d’HAP, plus elles sont fines plus elles représentent un danger pour la santé humaine.  Des entreprises sous contrats avec les collectivités s’occupent donc de les récupérer puis de « les enfouir dans la nature » informe Benjamin Boudon, le régisseur bois du site de LTC. Il dit ignorer la quantité qu’elles représentent pour « sa » chaufferie. Mais la dizaine de sacs de cendres derrière son bureau improvisé en donnent un aperçu. La portée de ce type d’action est difficilement mesurable mais provoque en général un appauvrissement des sols aux alentours et une intoxication de la biodiversité.

D’autres aspects du projet semblent problématiques. Le bois viendrait finalement en partie de forêts administrées par l’Office Nationale des Forêts et des administrateurs de la STIC Bocagénèse, préférant rester anonymes, attendraient depuis trois ans leur retour sur investissement. Outre le discutable apport écologique de ces installations et ses conséquences sur la santé humaine, il semblerait qu’elles ne respectent pas totalement les promesses formulées par LTC à ses usagers.

Alicia Arquetoux

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