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Les salles obscures de toute la France sont fermées depuis l’arrêté ministériel du 14 mars 2020. Une crise qui n'épargne aucun exploitant de salles de cinéma.

Aller voir un film au cinéma serait la deuxième activité post-confinement privilégiée par les Français. Si le déconfinement a bel et bien débuté ce lundi 11 mai, la réouverture des salles obscures se décidera vraisemblablement début juin, lors de la prochaine étape fixée par le gouvernement. Emmanuel Macron n'ayant annoncé aucune date lors de son allocution à propos de la culture, mercredi 6 mai. Après deux mois d'interruption totale pour les exploitants de salles de cinéma, l'heure est au bilan.

La fréquentation en baisse dès janvier

L’année 2019 correspond au deuxième plus haut niveau de fréquentation des salles de cinéma depuis 53 ans, avec 213,3 millions d’entrées. En revanche, le début de l’année 2020 a enregistré un net recul. Une différence qui coïncide avec l'arrivée du coronavirus en France. Dans un premier temps, la majorité des spectateurs ne change pas leurs habitudes. Mais avec le déclenchement du stade 2, le 29 février. L'interdiction des rassemblements de plus de 1 000 personnes, le 9 mars, puis de plus de 100 personnes le 13 mars. Le Premier ministre déclenche alors le stade 3 du dispositif de gestion de l'épidémie de coronavirus, synonyme de fermeture de l'ensemble des lieux publics "non-indispensables". Les cinémas sont donc contraints de fermer le 14 mars après ce discours d'Édouard Philippe.

Les exploitants de salles de cinéma, se retrouvent sans revenus, avec un loyer à payer. C'est la principale difficulté pour eux. Dans une interview accordée au Point le 5 mai dernier, Jérôme Seydoux, propriétaire des cinémas Pathé et Gaumont (130 multiplexes / 1 300 écrans en France) observe : “comme de nombreuses enseignes, nous discutons actuellement avec nos principaux bailleurs immobiliers afin de trouver rapidement des solutions équitables face aux problématiques des loyers commerciaux”. Une problématique qui ne se pose pas pour certains exploitants : “Nous sommes totalement indépendants et propriétaires de nos deux salles. Nous n'avons pas donc pas de loyer à payer”, rappelle Laurence Le Quéré directrice générale des cinémas Les Baladins à Lannion et Perros-Guirec.

"En comparaison à des complexes plus importants, la fermeture nous fait moins mal"

Roland Berhault, président du cinéma associatif Le Vendelais

Les cinémas avec peu, voir pas de salariés pour certains associatifs, affronte la crise avec plus de tranquillité. "Les plus petits ne sont pas les plus fragiles. Des cinémas de toutes tailles vont souffrir. Il y a des colosses aux pieds d’argile. Les associatifs avec des bénévoles seront peut-être moins touchés”, avance Richard Patry, président de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF), dans Ouest-France, le 4 mai dernier. Pour les multiplexes, la situation est plus préoccupante. L'entretien, le loyer, les charges et la maintenance des machines représentent des dépenses importantes. Dans le même temps, l'ensemble de leurs salariés sont tous au chômage partiel. “Nous n’avons pas de salariés et pas de loyer à payer. Notre cinéma repose sur le dévouement de ses 40 bénévoles. En comparaison à des complexes plus important, la fermeture nous fait moins mal. Cela représente pour nous un manque à gagner entre 3 et 4 000 euros”, confirme Roland Berhault, président du cinéma associatif Le Vendelais (1 écran / 200 places).

300 millions d'euros de manque à gagner

Les salles les plus en difficultés sont celles ayant récemment entrepris des travaux, à l’instar des Baladins à Perros-Guirec. Fermé depuis le 6 janvier pour rénover ses deux salles ainsi que sa façade, le cinéma a rouvert seulement à partir mi-février. Coût des opérations : 450 000 euros. “Le remboursement se poursuit. Nous avons payé 82 000 euros en avril”, détaille Laurence Le Quéré. Une situation que veulent éviter ses confrères. “Nous allons retarder les investissements et faire toutes les économies nécessaires pour tenir le coup le plus longtemps possible”, prévient Jérôme Seydoux, dans son interview accordé au Point.  

Près de 15 000 salariés mis au au chômage partiel et 300 millions d'euros de manque à gagner pour les salles d'ici à juillet. C'est le bilan possible de cette crise sans précédent selon l’enquête de l’édition papier du Monde du 2 mai. "Il va s'écouler du temps avant un retour à la normal. Ça risque de se payer jusqu'à fin 2021", se projette Christophe Garnier, directeur du cinéma Le Club à Fougères (6 écrans).

La consommation dématérialisée de films explose

Période de confinement oblige, les Français se sont tournés vers les plateformes de streaming SVOD et/ou VOD. D'autant plus avec le lancement de Disney +, le 7 avril dernier ou avec l'arrivée sur Netflix d'une partie du catalogue du studio MK2 (Truffaut, Chaplin, Lynch, Dolan...). Selon un sondage Hadopi, après quatre semaines de confinement, la consommation de biens culturels dématérialisés “n’a jamais concerné autant d’internautes [...] ce qui fait progresser la consommation dématérialisée de musique, films et surtout de séries TV à un niveau jamais atteint”. C'est même 57% des sondés qui affirment regarder plus de films qu’avant le confinement. Une situation qui renforce les craintes des exploitants de salles de cinéma. On y pense. Cela ne date pas d’aujourd’hui mais le confinement renforce cette impression. Je préfère penser que les gens reviendront au cinéma. C’est un lien social important et un moment de partage unique”, réagit Laurence Le Quéré. Il y a plusieurs publics. Les cinéphiles et habitués reviendront, c’est à n’en pas douter. La crainte vient plutôt des spectateurs concevant le cinéma comme un divertissement et pouvant se satisfaire avec une plateforme de streaming. Est-ce qu’ils auront la volonté de revenir ?”, s’interroge Roland Berhault.

La réouverture : l’inconnue

Les distributeurs prendront-ils le risque de sortir leurs films au moment de la réouverture des salles ? C’est la question qui taraude les exploitants. “On a l’exemple du dernier James Bond. Les distributeurs l’ont déprogrammé 8 jours avant sa sortie nationale alors qu’on devait le diffuser en avant-première. Une sortie nationale qui ne marche pas et la réputation est faite ! Son distributeur a préféré ne pas prendre de risques”, raconte Roland Berhault. Les blockbusters de juillet comme Tenet de Christopher Nolan (22 juillet), Mulan du studio Disney (22 juillet) ou Bob l'éponge - Le Film : Eponge en eaux troubles risquent de subir un échec commercial si les spectateurs ne sont pas au rendez-vous. Mais s'ils sont déprogrammés, les salles n'auront pas de films porteurs.

Une situation qui n'est pour l'instant que potentielle puisque aucun calendrier de réouverture n’a été annoncé par le gouvernement. Le ministre de la culture, Franck Riester, rappelait le 5 mai dernier sur Europe 1 l'existence d'un délai "d’au moins quatre semaines entre le moment où la décision de réouverture sera prise et le moment où elle sera effective". Dans l’éventualité où le gouvernement annoncerait le 2 juin prochain la réouverture des cinémas, ce délai d'un mois préconise un début de retour à la normale pour les exploitants de salles d'ici juillet. Reste à savoir si les spectateurs seront au rendez-vous.

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