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Le fabriquant de bottes en caoutchouc Aigle a repris sa production depuis le 4 mai 2020. Le retour au travail a été un véritable casse-tête pour les dirigeants.

La production a repris peu après les annonces de déconfinement du gouvernement le 28 avril dernier. Situé à Ingrandes sur Vienne (86), l'usine Aigle compte près de 1 000 employés. Spécialisée dans la fabrication de bottes en caoutchouc depuis 1853, la production a repris du service depuis le 4 mai. Avant le confinement, Aigle produisait des bottes en caoutchouc qu'elle vendait à travers le monde, mais sa production a soudainement été arrêtée. Une partie de l'atelier avait alors été réquisitionnée afin de produire des masques en tissu pour les collectivités. L'entreprise a cependant dû s'organiser pour le retour de ses ouvriers.

Une stratégie de retour longuement discutée

De nombreuses questions restent en suspens, comme le port obligatoire du masque ou encore une reprise à temps partiel pour certains. Le Premier Ministre Edouard Philippe a d'ailleurs annoncé que les usines allaient être en capacité de protéger ses employés, lors de son discours le 07 mai 2020 à Matignon. La direction de l'entreprise avait déjà pris ses précautions au préalable en commandant un stock important de masques en Asie il y a quelques semaines.

Afin d'être équitable, transparente et de répondre aux questions de ses salariés, Aigle a consulté ses responsables ainsi que ses syndicats afin d'établir le meilleur plan sanitaire possible. La direction l'affirme, une vraie discussion a eu lieu entre les différents échelons de l'entreprise. En effet, chaque responsable a été consulté afin de choisir le meilleur scénario de reprise. L'une des options était de reprendre en équipe, les syndicats ont cependant averti que certains employés avec des enfants ne pourraient pas travailler à 5 heures du matin dès le 4 mai. La solution choisie a été un retour progressif par secteur des employés, étalé sur une semaine. Il semblerait donc qu'Aigle ait été à l'écoute de ses salariés. La direction espère ne pas faire face aux protestations comme c'est le cas pour le groupe PSA.

Visite de l'usine Aigle à Ingrandes sur Vienne (86) Source : TV7 Bordeaux

Selon Stéphanie Lacroix*, responsable des secteurs montage, préparation et finition, "cela a permis une meilleure communication dans une entreprise de cette taille". Tout le monde étant en télétravail, les décisions se sont prises à distance. "Nous avons eu plusieurs réunions en visio-conférence, notamment avec la directrice du site Aigle, Virginie De Maillard", explique la jeune femme. La reprise a donc été encadrée afin d'assurer une sécurité pour tous.

Des mesures drastiques pour une protection optimale

Une telle communication est assez rare dans une entreprise de plus de 1 000 employés. Cela a permis aux employés comme Ludovic Jean* de moins appréhender le retour dans l'atelier. "On nous a prévenu deux semaines avant des précautions qui avaient été prises, et des changements qui allaient bouleverser nos journées de travail. Ils ont pris le temps de nous expliquer que nos pauses allaient être réduites, que nous n'aurions plus accès aux machines à café. On nous a aussi dit que l'accès aux vestiaires et aux douches nous serait interdit, ça risque d'être compliqué pour certains postes salissants".

Image d'illustration des mesures mises en place dans les usines.

Bien qu'organisée, cette reprise a été quelque peu déstabilisante pour les ouvriers. "J'ai dû ce matin partir de chez moi habillé en tenue de travail, vu qu'on n'a plus accès aux vestiaires. J'ai reçu deux masques en tissu à l'entrée pour 8 heures de travail. On revoit nos collègues mais à travers les plexiglas. C'est une ambiance étrange", témoigne David Crochu, ouvrier de l'usine depuis 20 ans. Ces mesures ont été prises afin de respecter les annonces faites par le gouvernement. Aigle a déjà annoncé équiper ses salariés de masques en tissus de leur production dès la semaine prochaine.

"Nous avons pris toutes les mesures nécessaires, nos employés seront protégés."

Affirme Stéphanie Lacroix, responsable chez Aigle.

Afin de décider des moyens à mettre en place, Aigle a décidé de s'appuyer sur les mesures qu'avaient prises d'autres entreprises de la région comme Fenwick-Linde (86). Ces mesures, bien qu'étant là pour protéger les salariés, les contraignent. C'est notamment le cas pour les pauses repas qui sont réduites de moitié, permettant ainsi un roulement et donc un respect des distanciations sociales. Le micro-ondes étant interdit, l'un des travailleurs a dû emporter un sandwich à midi et manger dans sa voiture. Certains comme Ludovic Jean ou David Crochu craignent un soulèvement de la part des ouvriers si la situation devait se prolonger, au vu de leurs conditions loin d'être idéales. Cependant, certaines conditions semblent difficiles à faire appliquer, comme l'interdiction de ventilateurs, lorsque l'on sait que des personnes travaillent au contact de fours à plusieurs centaines de degrés. La direction assure cependant que les mesures se seront pas permanentes. Tout dépendra de l'avancée de la production mais surtout des annonces du gouvernement.

Un déficit maîtrisable

Concernant l'aspect économique, Aigle SA a un capital de 6 126 332 euros, l'entreprise n'est pas non plus en déficit budgétaire. Le Coronavirus a eu un impact certain sur l'entreprise, cette dernière prévoit un chiffre d'affaire divisé par deux pour le mois de mai. Cependant la direction semble confiante, comme l'affirme plusieurs ouvriers ainsi que Stéphanie Lacroix "Nous sommes normalement en pleine période de production de bottes pour la chasse. Cette année les choses vont être un peu différentes, mais on ne prévoit pas de licenciements, ce n'est pas du tout à l'ordre du jour". Pour preuve, un récent recrutement a eu lieu aux calandres, secteur qui retravaille la matière première afin de la préparer pour en faire une botte. Donc même si Aigle a connu un déficit de ses ventes au cours des deux derniers mois, les ventes par Internet ont pu continuer.

Fabrication d'une botte Aigle Source : Office du Tourisme de la Vienne

Une atmosphère positive semble planer sur l'entreprise, comme l'indique la directrice industrielle Nathalie Blanchet "Nos magasins devraient rouvrir courant semaine prochaine, au niveau mondial. Nous espérons ainsi éviter un déficit important". Le ministre de l'économie et des finances, Bruno Le Maire, avait sonné l'alerte : l'économie doit repartir. C'est donc ce qu'essaye de faire Aigle, en ne poussant pas la productivité mais en optant plutôt pour une reprise en douceur. "Je devais travailler de 7h30 à 15h30 aujourd'hui, mais ils m'ont finalement laissé partir à 12h30 car le travail était fini", témoigne David Crochu. La direction semble donc avoir pris les mesures nécessaires pour reprendre une activité en toute sécurité.

* Certains noms ont été modifiés

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