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Les violences conjugales en hausse pendant le confinement?

Le confinement, imposé par l'épidémie du COVID-19, a augmenté de plus de 30% les signalements des violences conjugales en France. Cette mesure de "protection" pour tous.te.s les Français.e.s, afin d'éviter la propagation du virus, a eu l'effet inverse pour ces femmes qui se retrouvent coincées avec leur bourreau. En Bretagne, des aides sont mises en place, pourtant le suivi des victimes reste difficile.

EN FRANCE, LES FEMMES VIVENT UN ENFER

"Cette fois, les coups de poings se sont abattus. D'abord sur son visage, puis sur ses yeux, puis ses bras. Camille en cris, se recroqueville au sol dans un coin de mur. (...) Le bruit réveille dans sa chambre Louis, 11 ans et demi. " raconte le journal Marianne, à propos de Camille, victime de violences conjugales.

33 femmes sont mortes sous les coups de leurs (ex) conjoints depuis le début de l'année 2020. EN 2019, ce sont 149 femmes qui ont succombé à leurs blessures. En France, le nombre de victimes de violences conjugales est estimé à 219 000 par an.

Depuis le mardi 17 mars 2020, tou.te.s les Français.e.s ont reçu l'ordre de rester confiné.e.s chez eux.elles. Les seules exceptions de sorties étant pour les besoins nécessaires avec une attestation sous peine de sanction(s). Pour les femmes victimes de violences conjugales, ce confinement est un terrain encore plus dangereux. Les chiffres le démontrent : les signalements ont augmenté  de 32 % en zone rurale et de 36% en zone d'agglomération : "Il y a une hausse des signalements [de violences conjugales] auprès des forces de l'ordre", a déclaré Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, jeudi 16 avril sur franceinfo.

Pour ces femmes battues, c'est la peur qui pèse tous les jours. Enfermées entre 4 murs, l'inquiétude règne. La boule au ventre constante, la crainte de dire quelque chose de travers qui pourrait déclencher la bombe, la colère de leur martyre, de l'homme avec qui elles sont coincées.

Pour Zahrah AGSOUS, chargée de mission pour l’action contre les violences masculines faites aux femmes et aux mineures, à Paris, le gouvernement est efficace mais ce n’est pas la réalité : “c’est très complexe de déterminer s’il y a réellement des violences ou non. Les femmes sont victimes de violences oui, mais depuis le confinement, ce sont les signalements qui ont augmenté car les femmes ne peuvent pas s’échapper des mains de leur bourreau. Est-ce que le  nombre de femmes sauvées a évolué? Je ne pense pas. Avec l’épidémie, les centres d’accueil logent encore moins de femmes.’’ 

Source: @collage_feminicides_Lannion

EN BRETAGNE : DES CHIFFRES ET DES MESURES

Gendarme en Ille-et-Vilaine, Sylvain Le Nicol traite des affaires de violences conjugales : "parfois, entre ce que le gouvernement dit et ce qu'il se passe, c'est totalement différent. En Bretagne, il y a une progression sur certains départements c'est une bonne nouvelle." témoigne-t-il.

Face aux violences, et surtout depuis le début du confinement, de plus en plus de mesures ont été mises en place. "Le gouvernement a réagi rapidement cette fois" confie Laura*, psychologue clinicienne pour les victimes de violences conjugales.

Dans les pharmacies, un code  peut sauver les victimes : ''masque 19''. Ania*, assistante sociale locale tente avec ses collègues de prévenir les pharmaciens et pharmaciennes de Lannion. Ania est surprise des nombreuses mesures que le gouvernement a appliqué: '' j'essaye d'activer ces mesures nationales au niveau local, je ne sais pas s'il y aura des résultats."

"À l'avenir, ce code devrait rester, ça aide."

Est-ce que les résultats sont là ? De mars à mai 2019 et de mars à mai 2020, dans les départements des Côtes d'Armor et du Morbihan, les signalements des violences conjugales ont baissées. Mais ce n'est pas pour autant qu'il faut conclure que les violences conjugales sont moins présentes.

Si au niveau national tant bien qu'au niveau local, les mesures sont appliquées et peuvent paraître efficaces : ''il est indispensable que le Gouvernement continue sur la lancée. La plateforme d'éviction des conjoints violents est disponible seulement pendant le confinement mais je suis preneuse pour qu'elle soit étendue." explique Ania.

L'ARGENT MANQUE TOUJOURS À L'APPEL

Dans certaines régions, malgré ces évolutions, c'est un plus gros problème qui se pose. Laura, seule psychologue pour les victimes de violences conjugales dans la région des Côtes d'Armor a été placée en chômage technique : '' C'est inadmissible, c'est juste purement économique. Je ne sais pas comment les femmes que j'accompagnais vivent le confinement. Elles peuvent appeler le 17, le 3919 ou le 119, mais est-ce qu'elles le feront?". Pour les femmes et les enfants, c'est un véritable calvaire. La justice marche au ralenti. "Certaines mères ont prévenu des agressions sexuelles que leur compagnon avait infligé à l'enfant avant le confinement. Désormais, les affaires sont suspendues. Je ne sais pas du tout ce qu'il en est de ces personnes." explique la psychologue.

Pour les associations d'aide aux femmes, c'est aussi compliqué. En Ille-et-Vilaine, département où les signalements de violences conjugales ne font qu'augmenter, les centres ou associations sont indisponibles :

À Concarneau (29), le financement ne manque pas en ce temps de crise sanitaire. Même si toute l'année, le défaut du nombre de places reste pesant. Mais, aujourd'hui, les absents, ce sont les appels qui eux, ont diminué. L'association l'abri côtier permet de rediriger les femmes victimes de violences conjugales vers des centres d'hébergements. Pour les bénévoles, le flou est total. Pour eux.elles, si les signalements ont baissé c'est mauvais signe.

Bonnes nouvelles pour certain.e.s, mauvaises pour d'autres. Pendant ce confinement, les données sur l'augmentation des violences conjugales restent très floues. Seuls les signalements sont comptés. Cependant, la baisse ou l'augmentation de ces signalements ne peuvent pas démontrer qu'en Bretagne, et en France, les violences conjugales ont diminué ou augmenté. Le gouvernement et les associations ont multiplié les initiatives afin d'éviter les drames, mais l'isolement ne favorise pas la prise de parole des victimes.

* prénoms d'emprunt

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Numéros nationaux

Si vous êtes victimes ou si vous avez connaissance de personnes victimes de violences, téléphonez au 116 006. SMS au 116.

Depuis un ordinateur : www.urgence114.fr.

En cas d’urgences, composer le 17 ou le 3919

Le numéro de l’enfance en danger (pour les enfants et les jeunes jusqu’à l’âge de 21 ans) est le numéro 119 ou 114 par SMS.

Au niveau local

L’association France victimes 72 a mis en place un numéro de téléphone portable, tél. : 07-61-52-68-44. Adresse mail : accueil@francevictimes72.fr.

SOS Femmes accueil 72, tél. 02-43-78-12-75.

L'association LE PAS à Lannion (22) : 02 96 48 15 33

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