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Bretagne. Après la mobilisation, la réouverture des plages est possible

La mobilisation en faveur de l’accès aux plages et du littoral ne cessait de s’étendre depuis quelques semaines. Jeudi 7 mai, Christophe Castaner, a annoncé que la réouverture des plages sera possible au cas par cas "sur autorisation des préfets ». Si certains se félicitent de cette annonce, d’autres craignent que les plages restent inaccessibles encore plusieurs semaines ou que les mesures de sécurité ne soient pas respectées.

L’incompréhension montait ces dernières semaines chez certains élus, habitants, et commerçants bretons face à la fermeture des plages et du littoral initialement prolongée jusqu’au 1er juin. Mais leur mobilisation semble avoir porté ses fruits. Lors d'une conférence de presse, Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur, a annoncé que « le Préfet pourra autoriser l'accès aux plages, lacs et centres nautiques sur demande des maires ». Cette décision a aussitôt fait réagir certains élus qui plaidaient un accès aux plages et à la mer depuis leur fermeture. « Je me félicite de la décision du gouvernement [ …]. C’était une demande des élus du littoral breton, appuyée par les parlementaires. Le bon sens peut se conjuguer avec les impératifs sanitaires » s’est empressé d’écrire le député costamoricain, Éric Bothorel, sur son compte Twitter. Comme 61 députés français, il avait signé quelques jours auparavant, un courrier adressé à Edouard Philippe et à Roxana Maracineanu, ministre des Sports, en faveur d’un « retour à l’océan et à la mer par l’autorisation de la pratique d’une activité physique responsable et citoyenne à partir du 11 mai ». 

« La règle générale, c’est la fermeture »

Lors de la conférence de presse sur le déconfinement, Christophe Castaner a toutefois précisé que « la règle générale, c’est la fermeture ». Dans tous les cas, cette décision relève, dans un premier temps, de la responsabilité des maires. Et certains d’entre eux, ne solliciteront pas les Préfets pour autoriser l’accès à leurs plages. Gilles Sergent, maire de Beuzec-Cap-Sizun, et les habitants de cette commune finistérienne attendront encore quelques semaines avant de remettre les pieds à l’eau. « Ce n’est pas une urgence. L’accès à la mer est secondaire, et les plages relèvent du loisir. On rouvre les écoles, les transports, c’est déjà beaucoup. Il vaut mieux rester prudents. » Lui, préfère attendre le 1er juin, comme prévu initialement par le Gouvernement pour autoriser l’accès aux plages dans sa commune. « Si on a un retour de bâton suite au déconfinement, nous le ressentirons fin mai ou début juin. À partir de cette date, nous verrons si c’est possible de rouvrir les plages et sentiers côtiers, parce qu’il ne faut pas se faire d’illusions, ce n’est pas gagné. Restons prudents, le 1er juin viendra très vite"

D’autres élus craignent quant à eux, une invasion des littoraux une fois leur accès autorisé. « Si les gens restent les uns sur les autres sans bouger, ça deviendra embêtant. » prévient Philippe Delsol, maire de Plouha dans les Côtes-d’Armor. Face aux propositions du Gouvernement, Dominique Salvert, maire de l’Ile de Sein qui compte moins de 250 habitants au large de Brest, ne se sent pas vraiment concerné. « Chez nous, ce n’est pas un problème la réouverture des plages puisque les touristes ne peuvent pas accéder à l’île. » Cependant, à la place de nombreux maires qui doivent aujourd’hui prendre une décision, son avis est bien tranché.

Si j’étais maire d’une grande commune touristique sur le littoral, je ne serais pas favorable à la réouverture des plages. Dans certaines villes balnéaires, c’est évident que si on les rouvre, les plages vont être prises d’assaut.

Dominique Salvert, maire de l'Ile de Sein
Comme celles du Cap-Fréhel, les plages pourront rouvrir sous dérogations à partir du lundi 11 mai. / CRÉDIT PHOTO : leparisien.fr  ©Olivier Boitet

Un retour sur les plages sous conditions 

Ces dernières heures, sur les réseaux sociaux les propositions pour garantir l’accès aux plages en toute sécurité ont fusé. Elles fleurissent sur le net : créneaux horaires, couloirs d’accès à la mer comme c’est le cas à Sydney, box en thermoplastique transparents proposés par une entreprise italienne, ou encore un « pass plage » comme cela est expérimenté à Ostende, en Belgique. Les internautes n’ont pas hésité à les relayer afin de regagner rapidement les plages. Des exemples sur lesquels pourraient s’appuyer certains maires avant d’émettre une demande auprès de la préfecture de leur département.

Daniel Moysan, maire de Crozon, aussi président de la communauté de commune Presqu’île de Crozon-Aulne maritime, veut s’assurer que l’accès aux plages soit possible tout en respectant les mesures de sécurité. « J’ai donc lancé le service de l’espace naturel de la communauté de commune pour me faire des propositions afin qu’on puisse fréquenter les plages, pratiquer les disciplines associées de façon à ce qu’on vienne pas détruire ce que nous avons gagné avec le confinement », affirme-t-il. Sa presqu’île compte 61 km de littoral, alors cette décision qu’il prendra dans les jours à venir, sera mûrement réfléchie. « Je demanderai au Préfet d’autoriser l’accès à notre littoral lorsque je recevrai un plan cohérent et réaliste qui permettra de contrôler la transmission du virus », assure Daniel Moysan.

La mobilisation reste malgré tout présente

Malgré les annonces du ministre de l’Intérieur, la mobilisation en faveur de la réouverture des plages et du littoral est loin de s’atténuer. Des associations appellent à la désobéissance civile et à la mobilisation sur les plages, lundi 11 mai au matin en Bretagne. Le rassemblement prévu sur la plage de Trestel à Trevou-Tréguignec dans les Côtes-d’Armor aura tout de même lieu. Johann Michaux, Président de l’Association costarmoricaine de protection de la mer et du littoral, Nique pas ta mer, s’est joint à ce mouvement. Pour lui, les plages ne pourront pas être accessibles dès le 11 mai, comme l’a annoncé le Gouvernement.

Ces décisions vont être prises par les mairies, sachant que les élections municipales ont été bloquées, puis renvoyées aux préfectures, qui elles vont se réunir pour établir des arrêtés. Tout cela demandera combien de temps encore ? Peut-être un mois ! insiste Johann Michaux.

Ce lundi 11 mai, une manifestation pacifique aura lieu sur la plage de Trestel à Trévou-Tréguignec pour demander l'accès aux plages sans dérogation des maires. / Photo : letelegramme.fr ©Hervé Moisan

Il espère voir les manifestants en nombre. « Nous invitons chacun à venir à 11h sur la plage de Trestel, et à se vêtir de rouge. Le rouge est la couleur du mécontentement et de la colère. Nous préparons affiches et banderoles. » Cependant, en cette période de pandémie, le respect des gestes barrières reste primordial. « Nous demandons aux participants de respecter les consignes de sécurité mises en place par le Gouvernement, à savoir les distances, le port du masque, pour que tout se passe pour le mieux », assure-t-il.

Le 2 mai, Marjorie Sanchez, a créé une pétition sur le net. Depuis, elle a réunit plus de 28 000 signatures. « J’avais besoin de communiquer ma colère et de voir les réactions des gens. Je me suis dis que ça allait peut-être faire réagir les personnes. Depuis les annonces du Premier Ministre la semaine dernière, la pétition a bien circulé. Je me suis finalement rendue compte que la plupart des personnes partageaient la même opinion que moi. » En prenant connaissance des annonces du Gouvernement, cette habitante de Plobannalec-Lesconil semble satisfaite de son initiative. « Les nouvelles sont optimistes. J’espère que le Préfet rouvrira les plages rapidement avec du bon sens ». Cependant, sa pétition ne sera stoppée que « lorsque les barrières aux plages seront levées ». 

Depuis le début du confinement, les plages sont vides. Cette situation a donné lieu à des rencontres insolites. Un chevreuil s'est baigné dans le Morbihan.

L’inquiétude demeure chez les commerçants 

Même si la réouverture des plages est possible, « la règle générale, c’est la fermeture » a bien précisé le ministre. Des mesures qui ne satisfont pas vraiment les commerçants. Sur les côtes bretonnes, le passage dans les commerces est essentiellement lié à leur proximité avec les plages. Commerçants et artisans craignent une absence totale de clients la semaine prochaine. Céline Rousseau, est présidente de l’association des commerçants et artisans de Locquirec, et tient aussi "l'Atelier de Linou".

« Nous, commerçants, vivons essentiellement grâce au côté balnéaire de Locquirec. Si l’accès aux plages reste donc interdit, les gens ne se déplaceront pas et ne viendront pas consommer. »

Céline Rousseau, présidente de l’association des commerçants et artisans de Locquirec

La saison estivale, période clé pour les commerçants et artisans, aurait dû commencer depuis quelques semaines et ce manque à gagner risque d'être encore prolongé. « Il va y avoir un fort impact sur nos activités économiques. Et même si nous travaillons essentiellement en période d’été, notre saison commence dès avril. La plupart de nos commerces rouvrent lundi, j’ai peur qu’il n’y ait personne », s’inquiète la graphiste. 

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